Pour le peintre Kandinsky, une composition commence par un point. Dans l’exposition Arduna, inaugurée le 31 janvier à AlUla, trône une œuvre de Kandinsky, traversée par ce point initial. Celui qui déclenche la composition, mais que l’on peut aussi lire comme un point de départ.
AlUla a longtemps été un point de rencontre, avant et après l’islam, sur la route de l’encens. AlUla, c’est le désert et l’oasis. Des formations rocheuses, des canyons, le bruit du vent, l’écho, tout ce que l’imaginaire peut transporter. Une histoire qui remonte à des milliers d’années. Et cette oasis à perte de vue, ce vert qui tranche avec l’ocre des rochers. On pense aux caravanes, à l’encens, à celles et ceux qui ont habité cette région sous un soleil de plomb, presque toute l’année.
Et puis il y a aujourd’hui.
Depuis la décision du prince héritier Mohammed ben Salmane de faire revivre cette région, si riche d’histoire et longtemps restée à l’écart, un plan gigantesque s’est mis en place. Des travaux d’Hercule pour faire émerger une destination, pierre après pierre, projet après projet. Sur place, j’ai rencontré les femmes et les hommes qui la construisent au quotidien avec une énergie remarquable.
Pour les amoureux des arts, de la culture et du voyage, AlUla est une étape incontournable dans notre région.
Dès l’atterrissage dans un petit aéroport coquet, un violoncelliste vous accueille à l’intérieur. À l’extérieur, l’odeur des plants de basilic embaument l’air. Une sculpture, celle d’une femme aux cheveux au vent, vous souhaite la bienvenue. Vous voilà dans le désert. Vous voilà dans l’oasis.

Dans le cadre de AlUla Arts Festival 2026, la première étape, et de taille, est Desert X AlUla. Dans les canyons et paysages spectaculaires, l’exposition rassemble 11 artistes saoudiens et internationaux, de plusieurs générations, autour d’œuvres in situ allant de la sculpture monumentale aux propositions sonores, pensées en dialogue direct avec la géologie, l’histoire et l’environnement du site. Desert X AlUla (qui se tient jusqu’au 28 février 2026) s’inscrit comme un avant-goût de Wadi AlFann, futur “Valley of the Arts” dédié au land art permanent.
@Lance Gerber - Desert X AlUla - oeuvre de l'artiste Hector Zamora
Puis cap sur Old Town, l’ancienne cité. Un dédale de petites maisons en terre crue, construites en pisé, où les murs prennent la forme de briques moulées ou de mottes façonnées à la main, la pierre assure les structures porteuses, et le bois de palmier dessine toits et plafonds. Restaurée en un temps record, Old Town se parcourt comme un décor vivant, entre ruelles serrées, ombres fraîches et mémoire du désert.
À deux pas, le quartier des arts d’AlJadidah donne le ton d’une AlUla résolument contemporaine. On y vient pour son grand tapis peint à la main, connu dans toute la région, mais aussi pour ses rues habillées de fresques colorées, inspirées par l’environnement naturel et l’histoire du lieu. Les institutions d’art, comme la Galerie ATHR, ponctuent ce quartier créatif et mettent à l’affiche des œuvres clairement nourries par les paysages alentour. Un peu plus loin, Madrasat Addeera invite les visiteurs à mettre la main à la pâte et à s’initier à des savoir-faire locaux, de la bijouterie à la broderie, en passant par la céramique.
La ville abrite aussi Villa Hegra, une des villas française ou résidence d’artistes à l’instar de Villa Medicis, Villa Albertine, Villa Velasquez etc. Sa mission est la même que les autres : accueillir des artistes et chercheurs qui y poursuivent des projets, en lien avec les pays d’accueil.
Plus loin, en s’éloignant de l’oasis, on atteint Hegra, premier site saoudien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ancienne cité nabatéenne, étape stratégique sur les routes commerciales, Hegra impressionne par ses tombeaux taillés dans la roche, tantôt rassemblés, tantôt isolés, surgissant du silence minéral avec une élégance presque irréelle.

Enfin, impossible de ne pas évoquer Maraya, ce bâtiment miroir devenu l’icône d’AlUla, qui reflète le ciel, le sable et le moindre mouvement autour de lui. Espace culturel polyvalent, il a accueilli notamment une grande exposition consacrée à Andy Warhol en 2023, puis More Than Meets the Eye, présentant au public, pour la première fois, des pièces majeures issues de collections privées saoudiennes.
À AlUla, la journée peut se terminer sous l’œil bienveillant d’Elephant Rock, ce rocher aux formes de pachyderme, devenu l’emblème minéral de la destination.
Quand, partout dans le monde, les budgets culturels se resserrent et que le bruit des bottes se fait entendre au loin, peut-être encore distant, mais déjà audible, l’Arabie saoudite apparaît comme la terre de tous les fantasmes culturels et, surtout, la terre de tous les possibles.
Il est doux, pour nos oreilles fatiguées, de constater qu’une vision peut se rêver, mais aussi s’accomplir.
Toutes les infos pratiques pour AlUla ici.
Je dédie cet article à mon amie Zeinab Jeambay, l’une des très nombreuses personnes qui travaillent, chaque jour, depuis prés de 7 ans à l’éclosion de cette destination avec passion, cœur et courage.

Cover photo @Lance Gerber - Desert X AlUla - oeuvre de l'artiste Mohammad AlFaraj