On leur a fait confiance. On s’est « laissé aller » à laisser les autres mener nos destinées.
On s’est endormis dans nos cocons face aux postes de télévision de plus en plus larges, nos cellulaires dernière génération, nos ordinateurs super-performants… Nous pensions gagner le ciel à petites doses, un achat à la fois.
On se satisfaisait du jour même. On s’est gargarisé de leçons de vie que nous soufflaient nos réseaux sociaux. On s’est épanoui grâce aux bons soins du dernier coach à la mode. On a fréquenté tous les nouveaux cafés… Et il y en avait... On vivait sur notre île numérique, avec nos amis virtuels à la pelle. On s’intéressait aux racontars des uns, des autres, de personne… On vivait avec du vent et on était contents.
Les bonzes de la communication ont fait leur travail à l’inverse. Au lieu de nous rapprocher les uns des autres, ils nous ont éloignés des humains comme nous. On pouvait voir défiler des visages affamés sans sourciller, en allant se servir une bonne bière froide. On assistait béats à l’usurpation de nos vies, de nos pensées, satisfaits de la dopamine servie à la carte.
Ce n’était pas le même scénario pour ceux qui tramaient des complots, concluaient des ententes pour enclencher des guerres fratricides ou, plus tendance, pour orchestrer des génocides… Pendant que nous, nous délirions quand une jolie face, une allure charismatique, une promesse de pacotille était élue, s’imposait, pérorait… sans jamais s’arrêter, s’enquérir, questionner, exiger… Nous n’avons pas voulu comprendre, en temps et lieu, que donner sa voix pour quelqu’un c’était la perdre.
Puis petit à petit, aphones et abêtis, nous avons été délestés de nos droits. Nous avons hypothéqué nos enfants en applaudissant à de petites lois insignifiantes, des décrets sur une broutille, des réglementations anodines…
On jubilait d’utiliser l’IA alors que le pouvoir nous glissait des mains. Les réseaux sociaux menaient le jeu, créaient des clans, nous poussaient dans nos retranchements, nous isolaient des avis contraires… Chacun se sentait fort parce qu’il n’avait accès qu’aux avis de ses pairs qui le confortaient dans son délire. La haine ressurgissait. Nos voix s’étouffaient. Les grands de ce monde agissaient. Chacun avait une lubie. Bientôt ils ont formé le Cercle des lubies. À qui s’inventerait une chimère encore plus fracassante. Et leurs vassaux de se féliciter.
Nous on a switché sur Netflix pour ne plus rien savoir.