Depuis que je suis petite j’ai peur. Peur des bombardements. Peur de l’exil. Peur des invasions. Peur de la Syrie. Peur d’Israël. Peur des milices. Peur des « autres ». Peur de perdre mon travail. Peur de l’effondrement de la livre. Peur de perdre ma maison. Peur des armes. Peur de mourir. Peur du vide. Et cette peur était orchestrée, savamment alimentée, machiavéliquement distillée. Les mêmes mots pour faire peur étaient injectés dans les veines de ce pauvre peuple crédule et terrifié. Il ne fallait surtout pas se révolter. Surtout pas crier sa douleur. Surtout pas avoir une voix différente. Les lignes rouges avaient étouffé les libertés. Les lignes rouges avaient créé la terreur. Et soudain on a piétiné la peur. On a marché dans les places, on a envahi l’espace public, on a créé des chaines humaines, on a chanté, dansé, pleuré et rit. On est devenu courage. Le drapeau libanais n’a jamais été aussi beau. Aussi grand. Aussi noble. Aussi à sa place. Aussi unique. On a déjà gagné cette énorme bataille. On n’a pas encore renversé le gouvernement mais on a renversé la peur. Et cela est irréversible. A partir de là, les index, les bâtons, les armes, les menaces appartiennent à un Liban révolu où nos rêves et nos espoirs étaient pris en otage. Le Liban de demain est déjà là aujourd’hui. Et il est à la hauteur de notre révolution. A la hauteur de nos ambitions. A la hauteur de la grandeur de ce peuple qui a l’étoffe du plus extraordinaire des héros.