Jeudi 5 mars au soir, après l’ordre d’évacuation de la banlieue sud de Beyrouth, je me rends au centre d’accueil d’Offre Joie pour prêter main-forte. Autour de moi, les bénévoles s’activent pour accueillir les nouveaux déplacés.
Depuis le début de la guerre, les appels à volontaires et aux donations affluent sur les réseaux sociaux, montrant à quel point chacun se démène pour aider le plus possible.
Dimanche 8 mars, je décide donc de me rendre à Nation Station, pour cuisiner des repas chauds pour les déplacés du Sud. Au menu : soupe de lentilles, pâtes à la bolognaise et salade.
Dans la cuisine, chacun s’active. On taille les légumes, on prépare la sauce, on fait cuire les pâtes. Puis on assemble les barquettes : un peu de salade, les pâtes, on ferme les boîtes, on les met en carton, on scotche, on compte et on charge les voitures. Nation Station fournit actuellement des repas à différents centres et écoles qui accueillent les populations déplacées. Cette community kitchen fonctionne grâce à ses nombreux bénévoles, sur qui elle compte pour réaliser tout ce travail. Ce dimanche, nous avons préparé 2 189 repas. Un record à battre, chaque jour.
J’y retourne les jours suivants, à peu près un jour sur deux ou trois. Vendredi 13 mars, je participe à une distribution dans un quartier chiite, pas loin de Sodeco, le lendemain d’une frappe tombée assez près. Nous partons de Nation Station en voiture avec les repas. La ville est embouteillée. Les gens se pressent pour rentrer chez eux à temps pour le ftour. Une fois arrivés devant l’école, nous appelons le responsable pour qu’il vienne récupérer les repas. Quelques hommes l’accompagnent pour porter les caisses et les cartons. Nous échangeons en arabe, je ne comprends qu’une partie de la conversation. Dans la rue, l’agitation est partout. Les commerces restent ouverts, les passants accélèrent le pas. Un peu plus haut dans la rue, une enseigne d’Al-Qard Al-Hassan, qui n’a pas encore été touchée par Tsahal, est en train d’être barricadée.
Nation Station est née après l’explosion du 4 août 2020. Ils ont investi une station-service abandonnée à Geitawi pour en faire un centre communautaire indépendant de tout mouvement politique ou religieux. Fonctionnant uniquement grâce aux dons et aux collectes, Nation Station continue à préparer et distribuer des repas, au quotidien comme en période de crise. L’association se renforce actuellement pour répondre aux besoins urgents de la guerre tout en soutenant la population libanaise toute l’année.