La petite valise noire
La nôtre était marron
Dedans il y avait
Les papiers
D’identité
Nos actes de naissance
Les bijoux de famille
Et les titres
De propriété
Et puis de guerre en guerre
D’exil en exil
On y a rajouté
Des images et des racines
Des plages et des limonades
D’avion en avion
D’hiver en été
On l’a délestée
Des bijoux de famille
Et des titres de
Propriété
La mallette déchirée
Est devenue fortune
Et des vagues et des lunes
Dans ses pochettes
Et l’odeur du thym
Ce festin
Dans ma petite mallette
Aux couleurs randonnées
Des rivières nichées
Dans les vallées
De l’enfance
Dans ma valise déchirée
Il y a entassées
46 années
Et autant de visas
Tamponnés
Sur les sentiers
De l’errance
Dans ma valise déglinguée
En quête d’aéroports
Une ville souffrance
Une ville sublime
Une ville mort
Une ville port
D’attache
Dans ma valise sans raison
Une folle
Déflagration
La certitude
Originelle
Que cette malle
Est ma patrie
Et la mer
Ma destination.

Des civils fuient les combats dans le quartier de Kantari, en octobre 1975. Coll. Georges Boustany.