Mercredi 11 février à Marseille, puis jeudi 12 février à Paris, l’Institut français a officiellement lancé la Saison Méditerranée 2026, une initiative annoncée par le Président de la République en juin 2023, lors d’un déplacement à Marseille. Objectif : stimuler la création, l’innovation et les coopérations entre sociétés civiles, jeunesses et artistes des deux rives, dans un moment où la Méditerranée apparaît plus que jamais comme un espace de tensions, mais aussi d’imaginaires partagés.
Présidente de l’Institut français, Eva Nguyen Binh a rappelé l’esprit de cette Saison « originale » qui s’ouvrira là où elle a été annoncée : à Marseille, “port carrefour et creuset de la Méditerranée”, du 15 au 24 mai 2026, avant de se déployer dans toute la France jusqu’au 31 octobre. La programmation annoncée est à la hauteur de l’ambition : plus de 200 événements artistiques et culturels, conçus pour faire résonner une pluralité de voix et de thématiques autour des défis contemporains de la Méditerranée.

La Saison entend aussi rendre visible la densité des échanges culturels déjà à l’œuvre entre professionnels français, artistes et acteurs culturels des pays du Sud méditerranéen, tout en mettant en lumière les créateurs et intellectuels issus des diasporas. “Ouverte à tous les publics”, elle se veut un temps de réflexion et de partage, riche de projets festifs, participatifs et populaires et surtout, inscrit dans une géographie large, loin d’une centralisation parisienne.
Car l’un des marqueurs forts de cette Saison est son maillage territorial : à partir de Marseille, la séquence d’ouverture doit lancer une dynamique nationale dans une soixantaine de villes, de Lille à Montpellier, de la Seine-Saint-Denis à Bordeaux, sans oublier les territoires ruraux. Une diversité de lieux qui répond à celle des opérateurs mobilisés : grands festivals, institutions culturelles, associations, collectivités, universités, centres sociaux, acteurs économiques et incubateurs.
Commissaire générale de la Saison Méditerranée, Julie Kretzschmar a, de son côté, porté la cohérence d’ensemble d’un projet pensé comme une plateforme d’échanges plutôt qu’une succession d’événements. L’idée : créer des espaces où l’art et la pensée circulent, où la jeunesse et les diasporas ne sont pas des “publics cibles” mais des forces créatives, et où la coopération se traduit en projets concrets, co-construits, capables de survivre à l’effet “Saison”.
Cette approche a été soulignée par Sabine Sciortino, directrice de la diplomatie culturelle, éducative, universitaire et scientifique au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, qui a placé la Saison sous le signe du mouvement et de la rencontre. Citant Amin Maalouf “Les identités ne sont pas faites pour être enfermées dans des cases” elle a insisté sur une conviction : la Saison n’est pas une vitrine, mais une mise en relation. Une manière de rappeler que, dans un monde travaillé par les fractures, la culture n’a “rien d’accessoire” et que le dialogue se construit dans l’exigence intellectuelle autant que dans la rencontre sensible.
Singulière dans sa forme, la Saison Méditerranée ne s’inscrit pas dans un cadre bilatéral classique entre deux États : elle se déploie principalement en France, avant de se prolonger “par résonances” hors de l’Hexagone. Sa clôture est d’ailleurs annoncée dans cinq pays partenaires majeurs de la rive Sud, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte et Liban, avec des manifestations organisées avec les services culturels du réseau diplomatique français.
Au-delà de l’agenda, le lancement de février à Marseille et Paris a acté une intention : ouvrir, par la création, des espaces de pensée qui déplacent les certitudes, encouragent l’expérimentation et renforcent des réseaux durables entre institutions, universités, artistes et sociétés civiles. Une Saison qui, si elle tient sa promesse, pourrait transformer la Méditerranée en ce qu’elle a toujours été à son meilleur : un lieu de circulation, de friction féconde, et d’avenir partagé.