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Le Lac Qaraoun et la polycrise

Le Lac Qaraoun et la polycrise

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Camille Ammoun21 mai 2026

Le plus grand réservoir d’eau du Liban concentre une multitude de défaillances convergentes.

 

Le fleuve Litani prend sa source près de Baalbek et traverse la vallée de la Békaa, avant de bifurquer vers l’ouest en direction de la Méditerranée, où il se jette dans la mer au nord de Tyr. Il traverse l’une des régions les plus fertiles du Levant, formant un bassin en L inversé, vital pour les systèmes agricoles et hydriques du Liban. En son centre, le barrage Albert Naccache, forme avec le lac Qaraoun, le plus grand réservoir d’eau du pays. Construit en 1959, le barrage devait alimenter l’irrigation, produire de l’énergie hydroélectrique, et fournir de l’eau potable.

 

À l’été 2025, le Liban a connu la sécheresse la plus sévère jamais enregistrée, après l’un de ses hivers les plus secs en quarante ans. Les précipitations ont chuté de plus de moitié, tandis que la diminution du manteau neigeux et la fonte précoce des neiges ont réduit les réserves d’eau. La Békaa a été l’une des régions les plus durement touchées. Environ un quart des puits se sont asséchés et les sources se sont taries. Le lac Qaraoun a enregistré son plus faible apport en eau depuis la construction du barrage, tombant à 45 millions de mètres cubes, bien en dessous de la moyenne annuelle de 350 millions.

 

Niveaux d’eau du lac Qaraoun : juillet 2024 et juillet 2025

Photo de gauche : Niveau d’eau du lac Qaraoun, Bekaa-Ouest, le 23 juillet 2024

Photo de droite : Niveau d’eau du lac Qaraoun, Bekaa-Ouest, le 23 juillet 2025.

Crédit : Union Européenne, contient des données Copernicus Sentinel modifiées de 2026, traitées avec Copernicus Browser.

La sécheresse de 2025 a amplifié des vulnérabilités existantes dans plusieurs secteurs, avec des effets en cascade sur les communautés. La baisse de la production agricole a affaibli une sécurité alimentaire déjà fragile, tandis que les pertes de bétail et la diminution des rendements ont fait grimper les prix des denrées et approfondi la pauvreté rurale. L’augmentation du coût des fourrages a entraîné une hausse du prix de la viande et des produits laitiers, accentuant encore la pression sur les budgets des ménages. Alors que la baisse de la production hydroélectrique limitait l’approvisionnement en énergie, la rareté croissante de l’eau intensifiait les tensions sociales. Manifestations, conflits locaux et épisodes ponctuels de violence ont reflété la compétition grandissante autour d’un accès inégal à l’eau.

 

Cette baisse a fait réémerger le pont de Saghbine, datant du XVIIIe siècle, normalement submergé par les eaux du lac. Le pont avait déjà été visible lors de la sécheresse de 2014.

Le pont immergé de Saghbine pendant la sécheresse de 2014, septembre 2014. Photo: Amal Charif – CC-BY-SA-3.0

Le changement climatique est rarement le seul facteur à l’origine des pressions migratoires dans les communautés vulnérables et le bassin du Litani offre une illustration frappante de la manière dont ces forces convergent pour façonner les dynamiques de mobilité. Elles incluent des sécheresses répétées, des défaillances de gouvernance, les effets environnementaux d’une corruption endémique, mais aussi, à l’échelle nationale, l’effondrement économique du Liban. La région a également été durement touchée par les bombardements lors de la guerre entre Israël et le Hezbollah en 2024, puis à nouveau lors du conflit de 2026. Ces crises et conflits interagissent souvent avec les effets du changement climatique pour produire des situations de plus en plus inextricables, transformant les moyens de subsistance et réduisant l’éventail des stratégies d’adaptation disponibles pour les communautés vivant autour du lac.

 

La pollution dans le bassin du Litani est alimentée par des défaillances systémiques de gouvernance, qui ont permis à la contamination de persister malgré des efforts répétés d’atténuation. Les eaux usées municipales et industrielles non traitées, le ruissellement agricole et les déchets solides ont rendu de larges parties du lac impropres à l’usage. De fortes concentrations de bactéries, de polluants organiques et de métaux toxiques ont restreint son utilisation, y compris pour l’irrigation. En 2021, plus de 100 tonnes de poissons sont mortes dans le lac, soulignant l’ampleur de l’effondrement de l’écosystème du bassin. La pollution a aggravé les effets de la sécheresse, en réduisant les revenus et les conditions de vie, en exacerbant les problèmes de santé publique et en agissant comme un facteur multiplicateur des pressions migratoires sur les communautés touchées.

 

La fragmentation des responsabilités, la faiblesse de l’application des lois, le sous-investissement chronique et la corruption endémique ont érodé les mécanismes de responsabilité politique, retardé les projets, favorisé la mauvaise allocation des fonds et permis leur captation par des intérêts particuliers. Comme l’a noté le directeur général de l’Office national du Litani, Sami Alawieh : « Le principal problème est que les intérêts privés sont privilégiés au détriment de l’intérêt public. » En aggravant le stress environnemental dans des communautés déjà fragiles, ces défaillances de gouvernance façonnent directement les pressions migratoires qui pèsent sur les populations riveraines.

Ces faiblesses institutionnelles ont été encore aggravées par l’effondrement économique du Liban. Depuis 2019, la forte dépréciation de la livre libanaise a fait augmenter le coût des intrants agricoles tels que le carburant, les engrais, les semences et les pesticides, poussant de nombreux agriculteurs vers une agriculture de subsistance. Par ailleurs, l’accès au crédit est devenu impossible en raison de l’effondrement du secteur bancaire. En réponse, les schémas migratoires ont évolué, les jeunes habitants cherchant du travail à l’étranger ou se déplaçant vers les villes, affaiblissant davantage la base productive de la Békaa.

 

Ces pressions structurelles ont été à plusieurs reprises intensifiées par les conflits. Pendant la guerre de 2024 entre le Hezbollah et Israël, les frappes aériennes et les appels à évacuer ont forcé environ 1,2 million de personnes à quitter leur domicile dans la Békaa, le sud du Liban et la banlieue sud de Beyrouth. Un schéma similaire s’est de nouveau déployé en 2026. Le 4 avril, les environs du lac Qaraoun ont été frappés à plusieurs reprises. Des villages tels que Sohmor, Yohmor et Machghara ont été bombardés par l’aviation israélienne, et un drone a visé une voiture à 400 mètres du barrage Albert Naccache. Si la guerre de 2024 avait déjà perturbé l’agriculture en restreignant l’accès aux terres, en endommageant les cultures et les biens, en déplaçant les agriculteurs et en brisant les chaînes d’approvisionnement en intrants et en main-d’œuvre, la guerre de 2026 risque de produire des effets similaires, voire plus graves.

Si le changement climatique, la corruption, la pollution, l’effondrement économique et la guerre contribuent tous aux pressions migratoires, leurs effets sont si profondément imbriqués qu’isoler un seul facteur risquerait de brouiller la compréhension des dynamiques à l’œuvre. Les pressions migratoires sont de plus en plus comprises comme le résultat de configurations complexes de facteurs interdépendants et interactifs, plutôt que comme la conséquence d’une cause unique clairement identifiable.

 

De plus, il demeure difficile de quantifier ces pressions migratoires, car les données concernant la Békaa-Ouest sont limitées et les mouvements de population sont graduels et superposés. La région se caractérise par des formes de mobilité imbriquées, qui comprennent le départ progressif de résidents locaux, les mouvements des réfugiés syriens et, aujourd’hui, des déplacements massifs liés au conflit en cours.

 

Il n’existe pas de solutions simples face à un tel niveau de complexité, qui reflète une polycrise mondiale plus large, surtout lorsque la guerre s’ajoute à l’équation. Le cas du lac Qaraoun, où ces crises convergent, suggère que l’enjeu n’est pas de démêler ces pressions, mais de comprendre comment elles se renforcent mutuellement, puis de concevoir des politiques capables de gérer leur convergence. Cela suppose de dépasser les réponses fragmentées et sectorielles pour aller vers des approches intégrées, qui relient le climat, l’eau, l’agriculture, l’économie, la corruption, et la diplomatie, tout en passant d’une gestion réactive des crises à une gouvernance anticipatrice intégrant la mobilité parmi les stratégies d’adaptation.


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Par Camille Ammoun, auteur et chercheur non résident au Malcolm H. Kerr Carnegie Middle East Center. Cet article est disponible en anglais et en arabe sur Diwan, le blog du Malcolm H. Kerr Carnegie Middle East Center. Il s’inscrit dans The Convergence Trap: Climate, Governance, and Displacement in Vulnerable Communities Across the Middle East and North Africa, un ouvrage collectif dirigé par Camille Ammoun qui aborde la question de l’invisibilisation des populations les plus vulnérables de la région :

Yasmine Zarhloule et Ella Williams étudient les Ait Khabbash, une communauté amazighe historiquement nomade du sud-est marocain. Organisés autour du pastoralisme, de l’agriculture oasienne et de circulations anciennes entre le Maroc et l’Algérie, ils incarnent une société de frontière, longtemps structurée par la mobilité, la langue tamazight et un rapport étroit au désert.

Armenak Tokmajyan et Laith Qerbaa s’intéressent aux Bédouins de Deir al-Kahf, dans le nord-est de la Jordanie, près de la frontière syrienne. Anciennes communautés pastorales, longtemps liées à l’élevage, au déplacement et à la construction de l’État jordanien, elles occupent une position périphérique, à la fois intégrées par l’armée et l’emploi public, mais marginalisées dans l’économie nationale.

Courtney Freer analyse les Bidun du Koweït, une population arabe apatride dont le nom signifie littéralement « sans nationalité ». Présents de longue date dans le pays mais exclus de la citoyenneté, les Bidun forment une communauté définie par un statut juridique suspendu, produit par l’histoire restrictive de la nationalité koweïtienne.

Zeinab Shuker étudie les Afro-Irakiens du sud de l’Irak, notamment autour de Bassora. Descendants de populations africaines installées en Irak depuis des siècles, souvent associées à l’histoire de l’esclavage et du travail forcé, ils constituent une minorité irakienne, restée socialement, économiquement et politiquement marginalisée.

Ilyssa Yahmi se penche sur les communautés rurales de la vallée de l’Oued Sahel-Soummam, en Algérie. Il s’agit de populations agricoles kabyles, installées dans un territoire montagneux et rural marqué par une forte identité locale, une économie paysanne fragile et une longue relation à la terre, à l’eau et aux formes d’organisation communautaire.

Musaed Aklan et Mohammad Al-Saidi étudient les Muhammasheen au Yémen, une minorité historiquement reléguée aux marges de la société yéménite. Souvent désignés par des termes stigmatisants, ils occupent les positions sociales les plus précaires, travaillent fréquemment dans les services municipaux ou informels, et vivent dans des quartiers périphériques où leur exclusion est à la fois sociale, raciale et institutionnelle.

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