Attention, si vous lisez cette 4ème de couverture : « Je n’ai pas attrapé la maladie. Celle de croire qu’une femme désire forcément un enfant et que, si cela ne lui arrive pas, elle est malheureuse toute sa vie. Pendant plus de quarante ans, j’ai vécu heureuse ». Attention, ce n’est pas ce que vous croyez.
Il ne s’agit nullement d’un témoignage d’une femme qui ne veut pas d’enfant et qui assume sa décision, bien, bien au contraire. En fait, c’est un roman « torride » sur la maternité, judicieusement découpé en trois parties qui complètent un tableau nullement réducteur d’une génitrice, mais qui l’amplifie sous toutes ses coutures.
Alors que sa mère se meurt, une jeune quarantenaire vient de subir un avortement et un choc très brutal : le désir impératif d’un enfant. Elle y mettra toutes ses énergies et son âme, pour enfin avoir un embryon en elle. « Que demander à son corps si ce n’est d’avoir la grâce de ne pas mourir tout à fait ? » Cette obsession d’avoir un enfant fait l’objet de la première partie.
Dans la seconde, 20 ans plus tard, c’est sa fille qui prend soin d’elle et qui raconte la symbiose entre elle et sa mère atteinte d’Alzheimer, une très forte relation d’amour mais aussi de domination. « En pensant à elle j’étais saisie de violentes attaques de panique. Je sentais monter en moi une authentique frayeur seulement parce que j’étais loin de ma mère ». On y apprend qu’elle a vécu loin de son père que la mère avait écarté de l’enfant par un lapidaire : « Tu n’as pas de père ».
Et c’est ce père qui raconte dans la troisième partie, comment il a été « éjecté » par la matriarche qui voulait un enfant à elle, mais pour elle toute seule. Une relation exclusive et quasiment maladive qui frôle la folie.
Un roman, intense écrit sans ambages, qui remet les pendules à l’heure : Il ne sacralise pas la maternité, reconnaît ses dérives et ose dénoncer la dépossession des hommes quand l’amour maternel prend toute la place : « Ta mère est sortie en retenant son empressement et l’envie de se jeter sur toi. Un seul de ses regards suffit pour que je cesse d’exister. Tu t’en vas, sans te retourner, sans un bisou. »
C’est aussi un livre inédit sur la maternité vu par l’homme… Un livre rare sur le sujet qui pourrait aussi concerner (et intéresser) les hommes : « Tu ne vois pas que tu la déranges ? Tu bouges trop… Sors de la pièce, s’il-te-plaît, attends que je termine de l’allaiter ». « Suis-je devenu l’intrus qui vient troubler l’harmonie ? »
Gisèle Kayata Eid
Le livre est disponible chez Antoine