Mardi 24 février, la Galerie Cheriff Tabet inaugurait la nouvelle exposition de David Daoud, Ode à la vie, une explosion de couleurs qui apporte de la lumière à un monde terni. Alors que la nuit tombe sur Beyrouth, le public se presse dans la galerie. Dehors, la ville s’assombrit, dedans, les toiles imposent leur lumière. Le contraste est immédiat.
Peintes entre 2025 et 2026, ces toiles arborent une palette lumineuse, riche en couleurs : roses, rouges, jaunes, bleus… sans jamais céder au noir. On célèbre la vie, la nature. On cherche à s’échapper, à suspendre le réel. Mais derrière cette intensité, il y a un choc. Après avoir vu sa maison bombardée dans le Sud-Liban, David Daoud perd tout, y compris l’envie de peindre. Chériff Tabet le contacte pour lui proposer une exposition. Il n’a alors que peu d’œuvres à montrer. Un jour, il observe la lumière sur un arbre et comprend ce dont il a besoin : lumière, couleurs, renouveau. Sur ses toiles, les ombres ne sont jamais noires. Elles sont colorées. La palette est vive, impressionniste, parfois fauve. La nature revient sans cesse, des paysages marins inspirés du Sud-Liban aux scènes plus végétales. « La nature est plus belle quand elle est sauvage », confie-t-il. Ode à la vie n’est pas un hommage au Liban, mais une peinture nourrie des émotions que le pays lui provoque. « C’est une peinture pour les gens comme moi, qui aiment ce pays. »

L’artiste travaille là où il vit. « Je crée là où je dors », explique-t-il, toujours prêt à peindre lorsque l’inspiration surgit. Musique classique en fond, lumière du jour, il peint rarement la nuit. Dans ses toiles, la matière est la base : « la matière, c’est la générosité, la sincérité ». Peinture à l’huile, acrylique, pastels : chaque geste vient se superposer aux couchesexistantes sans jamais les recouvrir. Les silhouettes au trait fin se dessinent comme des esquisses, légères, pour ne pas altérer la texture. De loin, la toile se lit comme un ensemble de nuances et de matières. En s’approchant, apparaissent formes, figures et paysages inspirés du Sud-Liban, révélant la précision du geste.
La pièce maîtresse de l’exposition est un grand format dans les tons orange et rose. Peinte en été, à l’extérieur, avec de la musique, la toile dégage une énergie joyeuse : des personnages, une scène festive, un mouvement qui traverse la surface sans perspective. Premier tableau peint de cette série, il donne le ton de l’exposition. Les plus petits formats, réunis en une composition, prolongent le récit avec des portraits et scènes plus intimistes. Chaque peinture mêle matière, lumière et couleur.
Portraits, scènes de vie, nature, la quarantaine de tableaux est visible à Beyrouth jusqu’au 13 mars à la galerie Cheriff Tabet.
