J’ai appris très tôt que l’art n’attend pas la paix.
C’est au septième étage de mon appartement à Aïn el-Remmaneh, entre une accalmie et un bombardement, que j’ai livré l’un de mes premiers grands travaux : un paravent commandé par un attaché culturel autrichien. Dehors, la guerre civile faisait rage. Dedans, mon pinceau continuait.
Ce n’était pas du courage. C’était une nécessité. Créer était la seule façon que j’avais de rester debout, de rester moi.
Des années plus tard, lors de la thawra, j’étais encore là, au centre-ville, aux côtés d’autres artistes libanais, portant nos œuvres comme on porte des drapeaux. Le 02-02-2020, 40 artistes, 40 tableaux de 1mx1m nous avons rassemblé toutes les region du Liban en puzzle pour dessiner la carte du Liban.
Puis le Covid est venu, et avec lui un enfermement que j’ai transformé en liberté — celle de l’abstraction fluide, des couleurs qui coulent et qui disent ce que les mots ne peuvent pas.
Aujourd’hui, je me consacre à l’iconographie. Des visages saints, tracés avec patience et prière. Peut-être parce qu’en temps de guerre, on cherche quelque chose d’éternel à quoi s’accrocher.
On me demande comment j’appréhende l’avenir. Je réponds : pinceau à la main.
Le Liban m’a tout pris, plusieurs fois. Mais il ne m’a jamais pris l’envie de créer. Et c’est peut-être ça, résister.
