D’ordinaire, lorsque l’on assiste à une conférence musicale, le conférencier donne des explications qu’il étaye par des exemples musicaux enregistrés. Ou bien alors, l’on se rend à un récital de piano et, bien sûr, le pianiste joue mais ne dit mot. Or le cas de Richard Moukarzel est exceptionnel. Car non seulement ce musicien établi au Royaume Uni donne de passionnantes explications sur les œuvres et les compositeurs, mais, joignant le geste à la parole, il s’installe au piano et en livre une interprétation digne des plus grands. Ainsi l’autre soir à Beit Tabaris où il se produisait pour la troisième fois (à la plus grande joie des organisateurs et du public), l’heure était à la Russie ou plutôt à l’Union Soviétique. Car il s’agissait d’Aram Khatchatourian (1903-1978), de Serge Prokofiev (1891-1953) mais aussi et surtout de Dimitri Chostakovitch (1906-1975) dont l’on commémore le cinquantenaire de la disparition. Bien que le programme ne soit pas d’un abord facile (nous sommes assez loin de l’univers musical d’une valse de Chopin !), les explications de Richard Moukarzel, donnent à l’auditoire des clés d’écoute, rendant la musique beaucoup moins difficile à appréhender. L’auditeur en sort grandi, ayant vraiment appris quelque chose de nouveau, non seulement sur les œuvres et les compositeurs mais sur tout un contexte historique, en l’occurrence celui du double message permanent que Staline faisait subir aux artistes de son époque, tantôt en les encensant ou bien en les méprisant et les menaçant de goulag, les faisant vivre dans une angoisse permanente.
Mais au fait qui est exactement Richard Moukarzel ? Certainement le seul de nos compatriotes qui allie aussi heureusement la double casquette : celle du musicologue extrêmement pointu, titulaire d’un PHD d’une prestigieuse université anglaise (mais dont les explications sont limpides et accessibles à tous) avec celle de l’interprète dont la sensibilité à fleur de peau se double d’une grande virtuosité. Diplômé en piano du Conservatoire National Libanais (spécialisation théorie et analyse) et en musicologie de la Royal Holloway University of London, Richard Moukarzel établi au Royaume-Uni et se spécialise dans l'opéra austro-allemand, en particulier les œuvres de Richard Wagner. Il enseigne actuellement à l'université d'Oxford. Il s'intéresse notamment au romantisme et au post-romantisme allemand en général, ainsi qu'à l'analyse musicale néo-Riemannienne (analyse transformationnelle). Il est intervenu dans plusieurs colloques anglo-saxons, notamment la conférence "Wagner 1900" à l'université d'Oxford et le "Young Lecturer Prize" de la Wagner Society (3e prix). Il est aussi l'auteur d'articles de recherche dans des publications de presses académiques françaises (Presses Universitaires du Midi) et britanniques (The Wagner Journal). Il collabore régulièrement avec la Wagner Society de New York et son organe de presse, Wagner News.
Il est toujours réconfortant de voir le Liban porté à l’étranger par des personnalités attachantes et intègres, qui en donnent l’image d’un pays de culture et de civilisation.