The Decorator met en scène la rencontre forcée de deux femmes qui viennent de se rencontrer et que tout semble opposer, coincées ensemble dans un appartement new-yorkais alors qu’une tempête fait rage. Entre humour et confidences, la pièce explore les zones grises de l’intime et ce qui, derrière les différences, finit par rapprocher.
L’Agenda Culturel a rencontré Natasha Tavoukjian.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de l’origine de cette pièce ?
Je suis arménienne-libanaise et chypriote. Je suis née au Liban, Ma passion pour le théâtre a commencé alors que j’étais encore à l’école primaire, jusqu’à l’université où je continuais d’évoluer sur les plateaux. J’ai ensuite ressenti le besoin d’écrire, et j’ai commencé à le faire en arménien au début, mais le public était très restreint, surtout à Chypre. Passer à l’anglais m’a permis de toucher davantage de personnes, et mes pièces ont commencé à voyager. J’ai envoyé l’une de mes pièces à une publication sud-africaine et britannique et ma pièce a été jouée à Chypre, à Dubai et aux États-Unis. The Decorator est aujourd’hui jouée au Liban, un pays que j’adore, et c’est très important pour moi : c’est un retour aux racines.
La pièce s’inspire de la vie : deux femmes qui ne se connaissent pas, une décoratrice et sa cliente, se retrouvent coincées ensemble pendant une tempête. Tout repose sur leurs conversations, leurs désaccords, leurs certitudes… elle finissent par découvrir qu’elles ont plus de points en commun que de différences. L’une des actrices est serbe, et l’on retrouve des références à son parcours et à son enfance.
C’est une pièce sur la réappropriation du pouvoir féminin, mais beaucoup de couples viennent la voir car tout le monde peut s’y retrouver, même les hommes, puisqu’ils sont mariés avec à des femmes, et cela les aide à comprendre comment nous pensons !
La pièce navigue entre humour, tristesse, provocation et émancipation. Comment avez-vous travaillé ces contrastes ?
La vie n’est jamais linéaire. On rit, puis on se souvient de quelque chose de douloureux, puis on rit à nouveau. Je voulais retrouver ce rythme-là. Le public aime la comédie, mais il reconnaît aussi la vérité quand elle surgit. J’aime créer des moments inattendus, l’élément de choc est important pour moi : il oblige à écouter autrement.
La pièce est liée à W.E.T., Women Empowerment Theatre. Quelle est la philosophie de ce collectif ?
Nous sommes trois femmes d’origines différentes. L’idée de W.E.T. est de parler de sujets tabous ou intimes, mais surtout de choses auxquelles on peut s’identifier. L’émancipation, pour moi, ce n’est pas dire aux femmes quoi faire. C’est de les rendre plus fortes en leur rappelant qu’elles ne sont pas seules, que bien d’autres partagent les mêmes combats.
Jouer cette pièce au Liban a-t-il une résonance particulière ?
Oui, et je suis un peu nerveuse. Le Liban est une société conservatrice, mais aussi pleine de contradictions. Beaucoup de libertés existent, mais souvent dans le silence, dans la peur d’être jugé. La pièce est très directe. Ailleurs, elle a été perçue comme occidentale. Ici, elle peut avoir un impact plus fort parce qu’elle met des mots sur ce qui est habituellement caché.
Au fond, qu’est-ce qui rapproche ces deux femmes ?
Malgré leurs différences — religion, statut, choix de vie — elles se rendent compte qu’elles se posent les mêmes questions sur l’amour, l’identité, l’estime de soi et les traumatismes. C’est là que le lien se crée. Pas parce qu’elles se ressemblent, mais parce qu’elles osent enfin parler.
Comment aimeriez-vous que les spectatrices se sentent à l’issue de la représentation ?
J’aimerais qu’elles ressentent une reconnaissance. Que leur complexité, leurs contradictions, leur humour, leur colère soient validés. Qu’elles réalisent qu’elles ont le droit d’être complexe, de remettre en question leurs choix, sans pour autant avoir toutes les réponses. La pièce dit simplement : votre voix compte.
La pièce « The Decorator » est à l'affiche au théâtre Monnot du 21 au 25 janvier 2026.
Les billets sont en vente sur Antoine Ticketing
La piece se joue en anglais
