Une peau de chagrin
C’est une source vive coulant de nos cimes
Dessinant des vallées et sculptant des abîmes
Et dont l’onde aux reflets d’azur, sublimes
Sinue dans les collines
Ce sont des claires pinèdes à senteur de résine
Des écrins de verdure à l’harmonie si fine
Que les fleurs égrenant leurs doux camaïeux
Voisinent avec les cieux,
Ce sont de vieilles bastides couleur de la terre
Aux pierres bien usées enfouies sous le lierre
Dont les herbes folles, les ronces et les orties
Enlacent les myosotis,
C’est un torrent fougueux aux soubresauts si vifs
Qu’il cascade en saccade par élans convulsifs
Trébuchant et chutant, piqué de colère
Au cœur d’une rivière,
Ce sont des pâquerettes, des feuilles de phlox verts
Nouveau-nés d’un printemps lassés d’un long hiver
Émergeant des fougères, et des buis des genêts
De méditerranée,
Ce sont de grands cèdres ayant l’âge du temps
Les maîtres de céans, des œuvres de titans
Et dont les bras ouverts célèbrent le Liban
Baptisé du mont blanc,
Tous ces tableaux gravés dont j’ai souvenance
Se sont emplis de bruits, d’échos, de résonances
Sur une terre d’exil que je ne pouvais plus voir
Telle une bête noire,
Aujourd’hui, revenue au pays de jadis
Chercher tout ce qui fit de lui un paradis,
Je ne lui trouve plus sa grande poésie
Comme il en fut jadis,
Les pins y sont détruits et la source tarie !
Le torrent détourné et le mas démoli,
Les cèdres y sont réduits comme une peau de chagrin
Sous une loi d’airain,
Demeure ce que les hommes n’ont pu dissiper :
Un pays de lumière aux monts escarpés,
Une mer étale éprise de son ciel
Noyée dans le soleil.
Dounia Mansour Abdelnour
Extrait Fugues intemporelles