Silences
Il y a des silences singuliers et pluriels,
Des silences éloquents de miel ou de fiel,
Silence de bonté qui console et conforte,
Silence des idées nobles, silence des âmes fortes,
Silence des vaincus pliant leur échine
Tels ceux soumis au joug des Fourches Caudines;
Que de fragments de vie passés sous silence
Pour cacher les délits de toute l’existence
Silences accusateurs à l’effet d’une bombe
Ou scellant des secrets emportés outre-tombe,
Tels ces silences complices des amours interdites
Ou les vœux de silence imposés par le rite ;
Il y a des silences éclos comme une fleur,
Silences au bienfait d’un baume sur le cœur
Silences épargnant des souffrances superflues
Silences méprisant les bavards melliflus
Silences face au mensonge, silences face au doute
Mutisme de démence et silence qu’on redoute :
Celui d’un nouveau-né à la voix muette
Silence de la bonace précédant la tempête,
De la Raison d’État, de la loi du silence
Et silence absolu des grandes souffrances !
Jusqu'à ce que perdure l’odieuse ambivalence
Du temps du silence, l’ultime silence
De l’omniprésent silence de l’absence
De l’inexorable silence de l’absence
Inscrit en toutes lettres
Sur la pierre tumulaire :
‘Pour le repos de l’âme
Ad vitam aeternam’.
Dounia Mansour Abdelnour
Extrait Fugues intemporelles
Photo : Dounia Mansour Abdelnour