Original text in French.
MAGPour ce 8 mars, dans la tourmente qui nous emporte, je voudrais dédier ma chronique à une toute jeune femme, en espérant que ce témoignage, qui n’est pas un conte, puisse garder un souffle d’espoir dans cette fumée noire qui enveloppe la Terre.
C’est une de ces jeunes femmes libanaises libre et libérée, espiègle, détachée autant qu’elle peut être passionnée. En pleine possession de sa destinée et indifférente aux qu’en dira-ton. Au détour d’une rencontre, elle se laisse aller et je découvre avec ravissement l’éclat de ce qu’on appelle jeunesse avec un grand J, aussi belle que le Jour et aussi intense que la Joie. Un mélange de fraîcheur et de maturité que je ne pouvais pas imaginer chez les « jeunes » qui ont la triste réputation de ne penser qu’à s’attabler pour manger ou sortir en boîte pour s’éclater ou pire encore qui ne misent que sur un ailleurs ou pour être moins politically correct qui ne rêvent que de « sacrer » leur camp.
Elle fait partie de la cohorte des affamés de la vie, mais avec « une coche de plus ».
Pour tout dire en quelques mots, cette jeune pré-trentenaire aux cheveux longs, lâchés, fait de la plongée sous-marine, du vélo de montagne, de la boxe, de l’escalade, du yoga, du rappel, des randonnées en forêt, du camping, de la natation en pleine mer, de la planche à pagaie… Elle nettoie les plages de la côte régulièrement et se concocte un repas santé pour sa pause-café, quand elle n’est pas au « bureau » où elle exerce un métier qu’elle aime, qui comble son quotidien en attendant ses nombreuses activités sportives de plein air qui célèbrent sa joie de vivre.
« J’aime la nature et j’aime tout autant l’activité physique.
J’aime le sport parce je veux rester en forme certainement, mais aussi pour être en pleine possession de mes forces physiques. Savoir que je peux soulever mon corps pour grimper sur les arbres. Savoir qu’il peut me soutenir, que je peux lui faire confiance. Je ne me sens plus fragile.
Ce qui est beau c’est de découvrir combien ton corps a à te donner. Quand on l’expose à la nature, on comprend combien on a besoin de lui. Quand on doit franchir un rocher on a besoin de son corps, d’être à son écoute… Ce n’est pas comme monter une marche.
Notre corps ne vient pas en second. Il ne vient pas après la famille, les amis… Non, c’est notre priorité absolue, notre intégrité… Il ne s’agit pas de faire du sport pour le sport, ou de la compétition, mais de garder son corps en mouvement.
Si parfois la tête est fatiguée, le corps lui est toujours là. Il marche. Il nous satisfait. C’est une récompense… Il te demande des défis que toi-même tu te mets. Une façon très saine de se prouver sans faire du tort à qui que ce soit. Ce n’est pas quelque chose en rapport ou qui dépend des autres. C’est quelque chose entre toi et toi-même. Le corps a besoin de mouvement et bien plus que dans une salle. Sans sport, tu ne peux pas apprivoiser la nature. Et moi, sans la nature je ne pourrai pas vivre. Et c’est aussi quand tu t’exposes à la Nature que tu comprends combien on en a besoin…
La nature c’est la vie. Si on a des doutes, il faut juste regarder dehors.
J’apprends de la nature la vie, la tempérance, la présence. Elle respire, elle n’attend rien, elle ne planifie rien, elle est là, elle ne fait rien qu’être là. Rien de plus beau et de plus parfait qu’elle.
En marchant pieds nus dans la nature, tu apprends à marcher, à faire attention à tes pas, où tu poses les pieds. Tu prends conscience de ce que tu fais. Tu es simplement en train de marcher. Tu ne penses plus au téléphone. Tu es à nouveau connecté avec ton milieu naturel. Avec les chaussures, on ne réalise pas tout ça.
C’est comme pour la pêche. Rien de mieux que de manger ce que tu pêches… Il y a là le respect de la nature (taille et genre de poisson). On n’est pas dans deux mondes séparés. On est dans un seul écosystème… Malheureusement dès notre plus jeune, on en est coupé. Notre routine ignore la Nature. On apprend à s’en passer. Pourtant ça existe. Quand tu comprends comment les animaux fonctionnent, tu te mets à les respecter. Tu perds ton ego. Et c’est une grosse chose. Tu te mets à respecter une fleur, un arbre, autant qu’un être humain.
La Nature est la chose la plus « naturelle » à l’homme. Une vérité. Un axiome. Une ancre.
Quand tu escalades un mur, tu vois que les rochers sont différents. Ils ne sont plus des objets. Tu développes un lien personnel avec eux. C’est pareil pour les arbres, ils sont tous différents. Ton rapport à eux est plus intime et quand tu en prends conscience, tu réalises que ce n’est pas banal. Quelque chose existe et évolue sans toi.
La nature est riche. Tu peux t’y cacher, elle peut te nourrir, te nettoyer, te rafraichir,
Sous l’eau, tu peux écouter la mer… On oublie qu’il y a un autre univers sous l’eau. Pourtant, il totalise 80 % du monde qui nous entoure. Sous l’eau, le monde est encore plus grand… Comment vivre sans avoir vu une seule fois ce qu’il y a en dessous, sous la surface de l’eau… Je suis heureuse de côtoyer les poissons. Oui bien sûr j’ai eu peur la première fois que j’ai plongé. Mais parce que j’ai eu peur, j’ai voulu y aller. Dompter ma peur est pour moi une victoire. La plongée en apnée est un sport d’humilité. On réalise nos limites.
Quand on voit les couchers de soleil sur la mer. Toujours beaux. Immanquablement. Tous différents. Les couleurs… Plus on les voit, plus on les aime… Toute cette beauté est à nous et nous faisons partie de ça. Et plus on s’en éloigne, plus on s’éloigne de nous-mêmes.
Cette connexion à la nature est notre seule vérité. Avoir perdu cette connexion est une des causes du malheur des gens. Ils ressentent comme une sorte de malaise et toujours ce manque : qui je suis, d’où je viens… La Nature est une partie de nous.
La nature c’est la vie, la création…
Quelques personnes l’aiment sans savoir pourquoi. Une partie de volley-ball à la plage, un feu de camp en forêt, plonger dans une rivière, faire un barbecue en plein air… Nous aimons ça, tous, et c’est parce que ça nous fait du bien. Certains prennent conscience de ça et savent que quand ils sont au bureau et qu’ils regardent de la fenêtre le ciel bleu et qu’ils sont contents… c’est parce que le ciel est une partie d’eux-mêmes. On fait partie de la nature, nous sommes un… La nuit dans la nature, c’est aussi la nuit en nous.
Je ne sais pas m’exprimer, mais je ressens les choses, je les comprends. Au début, ce n’est pas palpable, tu es comme dans le noir, tu tâtonnes puis avec le temps tu deviens de plus en plus consciente et tu commences à en parler. C’est difficile à traduire. D’ailleurs ça ne sert à rien. Je sens les choses comme des vérités… Un jour, après avoir nagé dans une rivière, une fois rentrée à la maison, je ne voulais pas me doucher… Je voulais garder l’eau de la rivière dans mes cheveux. Je voulais rester avec la rivière. La nuit j’ai fait le rêve qu’elle m’envoutait et qu’elle me portait dans son sein comme ma mère. J’ai eu un sentiment de paix… Mère nature… Patchamama.