Il y a des objets qui décorent, et d’autres qui racontent. Ceux de Cynthia Sayegh appartiennent clairement à la seconde famille. La designer libanaise présente une sélection de ses créations à la boutique librairie de l’Institut du Monde Arabe, à Paris, à l’occasion de l’exposition Byblos, Cité millénaire du Liban. Carnets A5, marque pages, bougies, chaussettes et plateaux y sont proposés du 25 mars 2026 au 23 août 2026, comme un petit inventaire sensible du Liban, de ses symboles et de ses mémoires.
Le parcours de Cynthia commence à Beyrouth, à l’ALBA, où elle étudie l’architecture d’intérieur. Elle travaille ensuite dans plusieurs bureaux à Beyrouth, sur des projets variés, de la rénovation d’hôtels à des espaces destinés aux enfants et aux loisirs. Une période formatrice, mais qui la confronte aussi à une évidence : la vie de bureau et ses contraintes ne lui correspondent plus. Indépendante de nature, elle choisit de se lancer à son compte.
C’est en travaillant sur des projets d’architecture d’intérieur qu’une autre porte s’ouvre, celle du Feng Shui, cet art chinois visant à harmoniser les espaces et à favoriser bien être et prospérité. Dans ce mouvement de tri et de réagencement, elle commence à transformer ce qui dort dans les armoires, accessoires, bougies, pots, vases, en compositions décoratives, souvent liées aux fêtes et aux saisons. Pour les vendre, elle participe à des expositions, et le design devient peu à peu un terrain d’expression à part entière.
Le déclic arrive un jour au musée Sursock. Dans la boutique, elle a un flash. Elle repense à ces anciennes photos de Beyrouth que son père lui avait données, longtemps auparavant, et qu’elle ne savait pas comment faire vivre. Cette fois, elle sait. Elle commence à les imprimer sur des assiettes, des sous verres, des mugs et des magnets. Et, comme un signe, ses premiers objets trouvent leur place à la boutique du musée Sursock.
Partie en expatriation au Vietnam, elle tombe amoureuse de l’artisanat vietnamien, du bois laqué, du bois de cannelle, de matières et de gestes qui réveillent son désir de créer. Là bas, elle décide de continuer à fabriquer des objets sur le Liban. La route n’est pas simple, elle le dit elle même. Mais le Liban lui est trop cher pour devenir un simple souvenir. Elle en fait une mission, le promouvoir où qu’elle soit.
Elle travaille alors avec des artisans vietnamiens et développe une collection d’objets : boîtes carrées et rectangulaires en bois laqué, plateaux, bougies dans des boîtes en bois de cannelle et noix de coco, mugs, chaussettes, boîtes à mouchoirs. Les thèmes, eux, restent ancrés : le cèdre, l’ancienne monnaie libanaise, les anciennes photos de Beyrouth, le tarbouche, la cruche, et surtout les Phéniciens, comme un fil direct avec l’histoire longue. Exposition après exposition, souvent grâce aux réseaux d’amis et de connaissances, elle fait circuler ces fragments de pays. Certains objets seront même vendus à l’ABC Dbayeh, ainsi que dans une épicerie et un restaurant libanais à Mulhouse et Strasbourg.
Puis viennent d’autres escales, et la France, où elle continue à inventer, à chercher de nouveaux matériaux et de nouvelles idées. Elle le souligne avec lucidité : tous les designs ne peuvent pas être uniquement “Liban”. Il faut aussi créer des pièces qui parlent à d’autres clientèles, sans perdre sa signature.
L’histoire avec l’IMA commence dès 2019, avec une première présentation des objets. En 2024, elle reprend contact, apprenant qu’une exposition sur Byblos est prévue. Celle ci est décalée, mais quelques objets sur les Phéniciens trouvent déjà leur place en boutique. À la mi 2025, l’exposition Byblos, Cité millénaire du Liban revient à l’horizon, et une sélection plus large d’objets est choisie pour entrer à la boutique librairie de l’IMA, du 25 mars 2026 jusqu’au 23 août 2026.
En parallèle, Cynthia participe à des marchés et expositions, et ses produits sont également disponibles à Vincennes, dans la boutique Lou Delamare.
Vous pouvez retrouver ses objets sur Instagram : designer_in_c.