Original text in French.
MAGIl aura fallu une chorale, un chant particulier, une dabké sous la pluie, une colombe qui s’élance pour que les larmes jaillissent. Intarissables et saccadées. Le vase a débordé. Le flot émotionnel ne s’est pas tari. Ce sera donc 48 heures de trop plein qui s’évacue tristement. Ce n’étaient pas des larmes de joie. Pardon Pape Léon. C’étaient des larmes de tristesse. Cette terre qui vous a offert ce qu’elle a de plus beau, de plus généreux et de plus émouvant est une terre blessée. Inconsolable depuis le 4 août. Le ciel était chargé aussi et il était lourd parce qu’il attend la guerre. Encore et encore et encore. On est capables du meilleur, du beau et du talent, de tant de ferveur et de tellement de dévouement et de gentillesse. Mais on a le dos plié sous les coups et la boule de peur est là dans la gorge, dans les discours et dans les regards. Bien sûr qu’on est courageux. Bien sûr qu’on est encore là. Mais on est las aussi et parfois le cœur et le corps sentent qu’il n’y a plus de place pour de la souffrance en plus. On a tous pleuré ces deux jours qu’on aurait voulu élastiques. Que ces moments de grâce ne s’achèvent pas. Notre réalité est faite de menaces et des menaces on n’en peut plus. Ce n’est même pas une revendication, c’est une évidence. On n’a plus de place dans notre histoire pour un surcroit de violence et de malheurs. Notre intérieur est saturé. Notre extérieur est de façade. Le cœur lui est un fleuve de larmes pour nous et pour toutes les victimes surtout. Mais peut-être que le message ultime qui nous restera de ces deux jours de sursis sera ce lien de douleur puissant qui lie tout un peuple. Peut-être aussi qu’au-delà de nos divergences on aura quand même souffert tous ensemble. Ce partage-là serait peut-être aussi le prélude à un pays qui aurait compris que de son nord à son sud, de ses montagnes à ses plaines, il offre le même destin à ses fils et filles. Alors comme ça, peut-être aussi, on se retrouvera pour joindre nos mains et les lever ensemble comme un bouclier indestructible qu’aucun criminel au monde ne pourra transpercer. Peut-être. Il y a eu ces deux jours beaucoup d’arc-en-ciel.
*Inspirée de Henri Calet