Photographe libanaise émergente, Deanna Ansara présente pour la première fois à Beyrouth son travail photographique argentique : Mountains, City and Sea. Accueillie dans le sublime espace de No Chef in the Kitchen, l’exposition invite à un voyage intime à travers son Liban.
Samedi 9 mai. Une chaleur étouffante enveloppe Beyrouth. Dans le calme de la galerie, Deanna et Christine, fondatrice de No Chief in the Kitchen, s’affairent à quelques jours du vernissage. Les tirages sont arrivés la veille. Posées sur la table, appuyées contre les murs blancs ou encore emballées dans leurs protections, les photographies attendent de trouver leur place. Cet après-midi, préparation, tests et hésitations sont de mises : analyser l’espace, déplacer une image d’un mur à l’autre, encadrer les petits formats. Peu à peu, l’exposition prend forme. Présentée une première fois à New York en 2025, la série s’enrichit aujourd’hui de nouvelles images ajoutées spécialement pour cette exposition beyrouthine.

Née à Détroit, Deanna Ansara y grandit avant de s’installer à New York où elle travaille dans la mode pendant près de quinze ans, d’abord dans de grandes entreprises puis à son compte en développant sa propre marque. Depuis toute petite, elle vient régulièrement au Liban pendant les vacances car sa famille est originaire de la Bekaa. En 2024, elle décide de revenir au Liban pour l’explorer autrement et le redécouvrir. Alors qu’elle a perdu sa mère très jeune, ce voyage est aussi une manière de se reconnecter à ses racines, de marcher dans les pas de sa mère mais aussi de découvrir des endroits qu’elle n’a peut-être jamais vus elle-même. Elle se lance alors dans un road trip à travers tout le Liban. Son père lui dit qu’elle est folle de partir dans cette aventure. Mais Deanna est curieuse. Curieuse de voir son pays. Comme une enfant, elle se pose des questions simples : Qui suis-je ? Où suis-je ? Elle traverse le Liban avec l’envie de comprendre ce pays auquel elle appartient sans vraiment l’avoir connu.
« Tout ce que je voyais, j’en tombais amoureuse, il y a donc une forme de love gaze dans mes photographies ».

C’est sans doute ce qui traverse le plus fortement son travail. Sa démarche n’a rien de démonstratif : elle photographie sans chercher à prouver, documenter ou expliquer. Ses images ressemblent davantage à des fragments de mémoire, à des traces sensibles accumulées au fil des kilomètres. Dans ses paysages baignés de silence émergent une forme de délicatesse, de douceur et de pureté. Rien n’y est spectaculaire, et pourtant tout semble chargé d’émotion. Dans une ville saturée de bruit, de mouvement et de tensions permanentes, l’exposition agit comme une suspension. Le temps ralentit. Entre les murs de la galerie, les photographies de Deanna Ansara ouvrent un espace de contemplation et de respiration.
Avec Mountains, City and Sea, la photographe nous emmène à travers le Liban. La richesse de cette série réside dans le fait qu’elle a parcouru tout le pays, du nord au sud, pour en montrer différents fragments et différentes réalités. Réalisées entre 2024 et 2026, les photographies sont exposées à No Chef in the Kitchen jusqu’au 28 mai. Autour des tirages se mêlent également objets, vidéos, sons et textes écrits par l’artiste. L’exposition devient alors immersive, comme une plongée dans les souvenirs et l’imaginaire de Deanna Ansara, une invitation à regarder le Liban à travers son regard amoureux et mélancolique.
Pour en savoir plus, cliquez ici
