L’automne est magique, il fait éclater les couleurs et les genres. Un festival chromatique qui chante la diversité tout azimut. En ceci, l’automne est bien libanais. Il nous ressemble tant.
Comme ses couleurs, nous surfons du vert au jaune en passant par l’orange, le mauve, le brun, le marron et le rouge. Comme ses forêts qui donnent en cette saison un ton différent à chaque espèce et à chaque genre, arborant une palette arc-en-ciel en désordre et signant une des plus riches biodiversités du monde, notre société anti-uniforme et anti-conformiste affiche une mosaïque humaine des plus colorées, avec ce melting pot ethnique, religieux, linguistique et culturel.
Dans la nature, avant de tomber et dévoiler une nudité forestière bien hivernale, les vertes feuilles jouent, en automne, à ressortir tout ce qu’elles ont emmagasiné et intériorisé comme couleurs durant le printemps et l’été. Elles s’entêtent à ne pas quitter la scène avant de lancer ce bouquet final où fusent toutes les nuances de la diversité chromatique.
Au Liban, nous sommes depuis plus d’un siècle en arrêt sur image d’automne archi fourni en antagonismes et diversités socio-politiques et culturelles, où on ne fait que nous annoncer le plus rude et glacial des hivers, et des guerres que le super-puissant nous programme très intelligemment et bien artificiellement. Mais nous tenons. Nous nous accrochons. L’automne multicolore perdure. Le super-puissant multi-colères vocifère. Nos arbres s’inclinent sans céder ni casser, certains feuilles sont au sol, mais elles gardent leurs belles couleurs. D’autres s’agrippent aux branches. Notre automne va traverser l’hiver en vert et contre tous, en jaune, en orange et en chantant.
Si, sous certains cieux, les feuilles se ramassent à la pelle, ici, avec Feyrouz, nous interpellons les feuilles jaunes: ”ya wara2 el asfar, 3am nekbar 3am nekbar”, nous grandissons, nous nous relevons, le monde peut finir, il ne nous restera que ce pays. Ses couleurs. Et cet automne qui nous ressemble.