Il y a des retours qui ressemblent à des boucles bouclées. Arev, la première exposition en Arménie de l’artiste arméno-libanais Hrair Diarbekirian (né à Beyrouth en 1946), s’inscrit dans cette catégorie rare : celle des rendez-vous attendus toute une vie. Présentée par la Yerevan Biennial Art Foundation (YBAF), l’exposition a été inaugurée le 13 décembre 2025 et se poursuit jusqu’au 18 janvier 2026, marquant un véritable retour aux sources après plus de six décennies de reconnaissance à travers le monde.

Figure majeure de la scène contemporaine libanaise dès son jeune âge, Hrair a été remarqué très tôt au Salon d’Automne du musée Sursock, et distingué avant même ses 18 ans, notamment par une médaille d’or pour des tapisseries destinées au Palais présidentiel. Au fil des décennies, ses œuvres ont rejoint des collections privées prestigieuses à l’international. En effet, de Beyrouth, sa ville natale, à Paris, Moscou, Abu Dhabi, São Paulo, Buenos Aires ou Los Angeles, Hrair a construit une signature immédiatement identifiable : une peinture de majesté et d’opulence, où l’œil a la sensation d’être baigné de lumière. Avec Arev, le mot arménien pour “soleil”, cette lumière prend une résonance particulière : dans la tradition arménienne, le soleil n’est pas seulement un astre, mais une flamme intérieure, un élan de vitalité et d’éternité que chacun porte en soi.
Le cœur de l’exposition réunit 24 œuvres récemment produites, pensées comme une traversée de l’univers de l’artiste : du foisonnement ornemental à des compositions plus brutes et gestuelles. Peindre, chez Hrair, relève autant de l’introspection que de l’affirmation, une manière d’ouvrir une porte entre le visible et le ressenti.
Les surfaces se construisent par couches, dans un va-et-vient entre énergie et patience : éclaboussures lancées, textures pointillées, arabesques élégantes. Un vocabulaire plastique qui dialogue avec plusieurs traditions, manuscrits arméniens enluminés, iconographie byzantine, puissance mythique phénicienne, dynamisme du modernisme européen, sans jamais se figer dans la citation.
Au centre de cette iconographie, un symbole revient comme une évidence : le cheval. Chez Hrair, il n’est pas un simple motif mais un emblème, une force en mouvement, dignité, maîtrise, liberté indomptée. Autour de lui, des femmes souveraines, presque divines, se tiennent dans un calme royal ; des oiseaux tracent l’idée d’un ailleurs possible. Sous la splendeur des rouges incandescents, des safrans profonds et des bleus denses, se devine une tension plus essentielle : une montée vers la lumière, une aspiration à l’air, à la paix, à l’élan.
Le soleil, Arev, agit alors comme une présence presque mystique. Le texte curatorial évoque même un écho à la peinture à l’encre japonaise, où un seul cercle peut contenir l’infini : ici, la lumière n’illustre pas, elle habite.
Ce retour en Arménie n’est pas seulement une étape de carrière : il est aussi le fruit d’une initiative personnelle. L’exposition a été rendue possible grâce à Lucy Topalian, amie de longue date de l’artiste, qui a porté le désir de voir, enfin, l’œuvre de Hrair présentée sur le sol arménien.

Infos pratiques
Arev – Hrair Diarbekirian
Yerevan Biennial Art Foundation (Erevan, Arménie)
Du 13 décembre 2025 au 18 janvier 2026