Le théâtre arabe se réunit au Caire : seize productions triées sur le volet pour la 16ᵉ édition du Festival du Théâtre Arabe
Le rendez-vous annuel du théâtre arabe prendra ses quartiers au Caire du 10 au 16 janvier 2026, où l’Instance arabe du théâtre présentera une sélection particulièrement serrée : seize spectacles seulement, extraits d’un volume impressionnant de 150 propositions.
Parmi celles-ci, 116 concouraient pour le Prix du Cheikh Dr Sultan bin Mohammed Al Qasimi, un nombre qui illustre l’ampleur de l’engouement et la vivacité de la création théâtrale dans le monde arabe. Jamais encore le comité n’avait retenu quinze candidats pour ce parcours, qui constitue le cœur compétitif du festival.
De l’Afrique du Nord au Golfe, en passant par le Levant, cette édition réunit des visions artistiques profondément différentes mais liées par une même volonté : interroger l’humain face à la guerre, à la violence, à l’amour, à l’absurde et à la mémoire collective.
Le Festival du Théâtre Arabe 2026 s’annonce donc comme un espace de dialogue scénique unique, où les voix multiples du théâtre arabe se rencontrent, se répondent et se réinventent.

“Pique-nique sur la ligne de démarcation” : un retour marquant du Liban sur la scène arabe.
Le Liban figure dans cette sélection avec une œuvre emblématique : “Pique-nique sur la ligne de démarcation”, signée du légendaire dramaturge Raymond Gebara et revisitée sous la direction de Julia Kassar, pour une production de 62 Events by Josyane Boulos.
Joseph Açaf, Maya Yammine, Jalal Chaar, Julien Chayaa, Lynn Bawab et Georges Aoun donnent vie à ce récit qui appartient désormais au patrimoine théâtral libanais.
La pièce suit un couple de Beyrouth qui, en plein conflit, franchit les lignes de front pour rejoindre son fils engagé dans les combats. Leur périple les conduit à capturer un soldat du camp adverse, mais les rapports de force basculent rapidement : la peur se fissure, la méfiance recule et une relation inattendue surgit là où la guerre ne laisse, d’ordinaire, aucune place à l’empathie.
Réécrite à la fin des années 1990 par Gebara, l’œuvre s’attaque frontalement à l’absurdité des affrontements et à leurs ravages sur l’être humain. Elle le fait dans un langage où la poésie croise la violence, la tendresse se heurte à la cruauté, et où l’humour se glisse dans les interstices du drame.
Gebara résumait sa vision par une phrase devenue emblématique :
« L’enfant qui dessine un oiseau ne pourra jamais le tuer lorsqu’il grandira, et donc jamais tuer son semblable. »
Les quinze œuvres candidates au Prix Al Qasimi
La sélection 2026 met côte à côte des écritures variées, depuis les réinterprétations de classiques jusqu’aux créations les plus contemporaines, dans une traversée des tendances majeures du théâtre arabe actuel.
Windows 5 / Widows F – Maroc Texte et mise en scène : Ahmad Amin Sahal; La Neuvième Heure – الساعة التاسعة – Qatar, Texte : Maryam Nassir – Mise en scène : Mohammed Al-Mulla; La Clé – المفتاح – Algérie. Texte : Mohamed Bourahla – Mise en scène : Ziani Cherif Ayad; Les Fugueuses – الهاربات – Tunisie Texte et mise en scène : Wafa Taboubi; Papa – بابا – Émirats Arabes Unis; Texte et mise en scène : Mohammed Al-Amri
Pique-nique sur la ligne de démarcation – Liban; Texte : Raymond Gebara – Mise en scène : Julia Kassar; Jacaranda – جاكرندا – Tunisie; Texte : Abdel Halim Massoudi – Mise en scène : Nizar Saïdi; Divorce Sacré – طلاق مقدس – Irak. Texte et mise en scène : Alaa Qahtan; Frigidaire – فريجيدير – Jordanie. D’après Hazzâa Al-Barari – Mise en scène : Al-Hakem Masoud; Carmen – كارمن – Égypte.Adaptation de Mérimée – Dramaturgie : Mohamed Ali Ibrahim Mise en scène : Nasser Abdel Moneim; Comme Aujourd’hui – كيما اليوم – Tunisie;Texte et mise en scène : Leila Toubal; Les Funérailles du Père – مأتم السيد الوالد – Irak.Texte et mise en scène : Muhannad Al-Hadi
Envoyé à… – مرسل إلى – Égypte; Texte : Taha Zaghloul – Mise en scène : Mohamed Farag
D’un autre angle – من زاوية أخرى – Koweït Texte : Moassab Al-Salem – Mise en scène : Mohamed Jamal Al-Shatti; Citoyen Économique – مواطن اقتصادي – Maroc .Texte : Ahmed Al-Sibyae – Mise en scène : Mahmoud Al-Shahidi
Dans la catégorie parallèle, un seul spectacle a été retenu parmi 34 propositions :
Crime et Châtiment (Égypte), porté par le Syndicat des professions dramatiques et mis en scène par Mahmoud Al-Husseini, d’après le roman de Dostoïevski.
