Original text in French.
MAGCe matin du 20 février, le journal « Libération » annonce qu’Elon Musk est convoqué devant la justice française dans le cadre de l’enquête menée sur son réseau social X : « Des perquisitions avaient eu lieu en février pour des soupçons de complicité de « détentions d’images à caractère pédopornographiques ou de « contestation de crime contre l’humanité ».
Troublante coïncidence avec le dernier roman de Clara Dupont-Monod, La Confrontation (chez Albin Michel, 2025) : Un homme se fait passer pour Elon Musk (ou est-ce bien lui ?) et prend en otage 19 bambins de 4 ans dans une maternelle française. Un thriller passionnant dans lequel l’auteure imagine une conversation soutenue entre un gendarme de la brigade spécialisée dans la gestion des crises extrêmes (GIGN) et ce ravisseur. Conversation tendue qui soulève et commente tous les questionnements et doutes que l’ère numérique suscite un peu plus chaque jour.
« L’IA nous volera tout, jusqu’à notre propre disparition. Même la mort n’existera plus…Sur le front de l’IA, je pense que j’ai perdu. Je fais mine d’être dans la course, j’ai lancé mon IA, baptisée Grok… En réalité, Grok ne pèsera rien sur le marché de l’interface générative…Le problème reste le même. Il faut se défendre… (L’IA) n’est que maîtrise. Calculs. Anticipation du temps et des comportements… Vous saisissez maintenant, pourquoi je retiens ces enfants ? Pour leur bien. Ce programme scolaire, qui consiste à multiplier leur intelligence par trois, les condamne. Ils seront incapables de se défendre contre l’IA parce qu’ils se seront trompés d’arme. On ne rivalise pas avec l’IA du côté neuronal… Elle gagnera. La seule arme que l’IA ne maitrise pas sera celle de la pulsion, le réflexe bas de gamme. Elle veut notre mort par le progrès, nous lui opposerons la récession…. Il n’y a aucune raison pour que ces enfants n’aient pas le droit de survivre… Je leur garantis un avenir. Ils seront violents plutôt que lettrés; ignare, pas drôles, impatients, dociles, mais vivants… »
« L’IA démocratise la criminalité. Je ne vous parle même pas de désinformation. A ce titre, mon Grok 4 m’a servi de test. Je lui ai donné la capacité de générer n’importe quelle image, l’effet a été immédiat, les images tronquées ont déferlé, les trois quarts des masses les pensaient véridiques... L’intelligence artificielle a tout d’artificiel, et rien d’intelligent… Je m’en veux tellement de n’avoir rien flairé, rien prévu, pire : d’avoir cru en l’IA, de lui avoir donné mes équipes, mon énergie, mon temps sans savoir que j’engraissais notre assassin. »
Je ne vous en dirai pas plus. Je me permets toutefois de citer un commentateur sur Babelio : « La romancière aurait pu en tirer un divertissement absurde ; elle en fait un miroir tendu à une époque où l'irrationnel s'est banalisé, où la célébrité tient lieu de caution, où le spectaculaire supplante toute forme de pensée…
Et cette joute verbale, qui semble d'abord minimaliste, finit par toucher à l'essentiel. Elle rappelle que nos mots, notre capacité à écouter, notre sensibilité, sont peut-être nos derniers remparts pour ne pas sombrer dans le vacarme. Ils sont ce qui nous permet encore de comprendre l'autre, de résister à l'absurdité ambiante, de préserver une part d'humanité quand les certitudes s'effritent. Lorsque la dernière page (du livre.ndrl) se tourne, quelque chose persiste — une vibration, un léger trouble, comme un écho qui dérange autant qu'il éclaire ».