Le pavillon du Liban à la Biennale Arte a dévoilé son projet pour 2026 : “Don’t Get Me Wrong”, une installation immersive de l’artiste Nabil Nahas, sous le commissariat de la curatrice Nada Ghandour. L’annonce a été faite lors d’une conférence de presse tenue à la Bibliothèque nationale du Liban, en présence du ministre de la Culture, Dr Ghassan Salamé.
Placée sous l’égide du ministère de la Culture et organisée par la Lebanese Visual Art Association (LVAA), la participation libanaise se tiendra du 9 mai au 22 novembre 2026. Pour le ministre, cette présence dépasse la seule sélection d’un artiste : elle s’inscrit dans un moment où le Liban cherche à “reconstruire la confiance du monde”, et où les créateurs, par leur puissance d’invention et leur rayonnement, contribuent directement à réaffirmer l’image d’un pays “source inépuisable de créativité, d’innovations et de réalisations”. Dr Ghassan Salamé a également rappelé que cette dynamique s’inscrit dans le prolongement de la stratégie des industries créatives lancée par le ministère pour les cinq prochaines années, saluant au passage l’engagement de la LVAA dans la continuité de la présence libanaise sur la scène internationale.
De son côté, Dr Nada Ghandour a insisté sur la portée symbolique du Pavillon du Liban en 2026 : une célébration de la créativité et de la fraternité à contre-courant d’un monde instable. Face aux discours de violence, elle défend la nécessité de laisser place à un langage artistique “partagé, ouvert et libre”, capable de créer du lien au-delà des frontières géographiques, culturelles et idéologiques.
Avec “Don’t Get Me Wrong”, Nabil Nahas propose une expérience à la fois visuelle et spirituelle, où le spectaculaire sert l’introspection. L’artiste y explore la relation entre l’homme, la nature et le cosmos, dans une œuvre pensée comme une traversée plutôt qu’une lecture. Déployée au sein de l’Arsenal sur quarante-cinq mètres linéaires, l’installation se compose de vingt-six panneaux d’acrylique sur toile, chacun atteignant trois mètres de hauteur. Juxtaposés, ils forment une frise monumentale, enveloppante, au sein de laquelle le visiteur est invité à circuler.
Inspirée notamment des miniatures persanes, l’œuvre s’affranchit d’une narration linéaire : ici, pas d’image unique à décoder, mais un monde à éprouver. Le langage plastique, dense et foisonnant, fait dialoguer abstractions géométriques d’inspiration islamique et occidentale, fragments de figuration et structures fractales chatoyantes, dessinant un continuum d’une grande intensité.
Les formes géométriques évoquent la structure mathématique de l’ordre cosmique : l’infiniment petit et l’infiniment grand comme une seule unité, des motifs qui se répètent à toutes les échelles dans la nature, rappelant que l’être humain appartient à un tout infini. La spirale, motif de l’infinité puisé dans la mystique soufie, agit comme une force hypnotique, renvoyant à une quête intérieure.
Au cœur de cette topographie sensible, un symbole revient : l’arbre, motif central dans l’œuvre de Nahas, qui incarne la tension entre enracinement et transcendance. Les essences évoquées, le cèdre, arbre mythique des montagnes du Liban, et l’olivier, allégorie de la vie, ancrent l’installation dans une mémoire culturelle et spirituelle, tout en ouvrant un espace de projection universel.
Reflet de l’identité fluide et multiculturelle qui caractérise le Liban, le Pavillon célèbre l’unité dans la diversité et la beauté des contraires. Le pays y est pensé non comme une addition de fragments disjoints, mais comme une matière vivante et cohérente, en perpétuelle circulation. Les strates d’influences gréco-romaine, judéo-chrétienne, byzantine et islamique, présentes dans le vocabulaire de l’artiste, font écho à l’histoire d’un carrefour exceptionnel où civilisations et héritages se sont succédé, rencontrés, entremêlés.
“Don’t Get Me Wrong” résonne aussi avec la trajectoire personnelle de Nabil Nahas. Né à Beyrouth en 1949, ayant grandi entre le Liban et le Caire avant de s’installer à New York, l’artiste revient au Liban après une longue absence : un premier séjour, à la fin de la guerre civile, ouvrira une série de retours de plus en plus fréquents. Aujourd’hui, il vit et travaille entre Beyrouth et New York, et ses œuvres figurent dans de nombreuses collections institutionnelles majeures à travers le monde.
La scénographie du Pavillon est conçue par Charles Kettaneh et Nicolas Fayad – EAST Architecture Studio.
Informations pratiques
61e Exposition Internationale d’Art – La Biennale di Venezia
9 mai – 22 novembre 2026
Lebanese Pavilion Venice : www.lebanesepavilionvenice.com
Facebook/Instagram : @lebanesepavilionvenice2026
Photo: Charles Kettaneh, Dr. Ghassan Salamé, Dr. Nada Ghandour, Nabil Nahas, et Nicolas Fayad