Je ne suis pas libanaise, je suis française. J'ai découvert le Liban dans les années 90, entre deux guerres, entre deux frappes israéliennes. Je ne parle pas l'arabe mais j'ai retenu ce refrain quotidien ‘maffi mai et / ou maffi kahraba’. J'y ai passé plusieurs séjours de quelques semaines, ma fille y travaillait. Le Liban était quasiment sous occupation syrienne et pilonné tous les jours par les bombes de Tsahal.
Ce petit pays de très haute civilisation a fait de moi une groupie du Liban. Comme me dit une amie, écrivaine libanaise, "toi, tu es Libanaise d'honneur". Je ne sais pas si certains non libanais savent dire pourquoi ce pays est si envoûtant et tellement attachant... moi je ne sais pas. C'est comme ça.
Depuis je porte le Liban dans mon cœur en espérant y retourner. Le temps passe, et de guerre en guerre je me fais vieille. J'ai voulu venir et il y a eu l'explosion du port, j'ai voulu venir et il y a eu le covid.
Cette guerre d'aujourd'hui tue encore et encore. Partout au Moyen Orient. Le peuple iranien muselé meurt depuis trois mois, assassiné par ses dirigeants, pris au piège d'une capitale pilonnée par Trump et Netanyahu. Pour le Liban pris en otage entre des puissances maléfiques qui ne connaissent que la force c'est une obscénité. Les bombes tombent sur Beyrouth, sur le Sud, et maintenant sur les plages où se sont réfugiés ces déplacés.
Beyrouth me taraude et me serre la gorge. Les Libanais ont un courage inouï, ils se relèvent indéfiniment même si c'est avec de plus en plus de difficultés.
Alors encore et encore, écouter Fayrouz et aussi entendre Wajdi Mouawad qui nous dit "les Libanais sont fatigués de l'espoir".