Parfois, les mots viennent comme une urgence, sans prévenir, quand la gorge se serre et que le silence devient trop lourd à porter.Parfois, on écrit parce que parler déformerait tout, et se taire trahirait encore plus. Parfois, les phrases se glissent entre les fissures, là où la voix ne passe plus, là où les regards n’osent pas rester. Parfois, écrire devient le seul endroit possible, ni tout à fait refuge, ni vraiment aveu, juste un passage pour ce qui insiste.
Parfois aussi, on écrit pour retenir ce qui s’efface, pour donner une forme à ce qui tremble, pour ne pas laisser le réel nous traverser sans laisser de trace. Chaque mot est une tentative maladroite de rassembler ce qui en nous s’éparpille, une façon de tenir debout quand tout vacille. Ou quelque chose comme ça. Parfois, écrire, c’est recoudre ce qui s’est déchiré trop vite, trop fort, trop tôt.
Au Liban, écrire ressemble à une veille. Une veille pour ce qui a été, pour ce qui aurait pu être, pour ce qui résiste encore malgré tout. On écrit avec la fatigue des jours répétés, avec la mémoire des nuits trop bruyantes, avec cette tristesse diffuse qui ne fait pas de bruit mais qui ne nous quitte jamais vraiment. Il y a aussi ces moments où tout semble trop lourd, où même les mots n’arrivent plus à porter ce qu’ils promettaient de contenir. Où l’on regarde autour de soi avec une fatigue sans nom, en se demandant ce qui pourra encore tenir demain. Les souvenirs deviennent plus douloureux que réconfortants, et l’avenir paraît si flou qu’il en devient presque irréel. On reste là, avec ce qui manque, avec ce qui s’effondre doucement, sans bruit, et cette impression persistante d’arriver toujours un peu trop tard pour réparer quoi que ce soit.
Parfois, les mots portent des villes abîmées, des visages fatigués, des espoirs suspendus quelque part entre deux silences. Et pourtant, quelque chose insiste, fragile, presque invisible une manière d’aimer encore ce pays sans savoir comment le sauver.
Et peut-être qu’au fond, ce qu’on écrit, ce n’est pas pour guérir…c’est pour ne pas oublier ce qui, en nous, n’a jamais cessé de se briser.
Et puis ça reste.