Il existe, au fond du cœur de chaque Libanais vivant loin de sa terre natale, une présence invisible qui ne
disparaît jamais. On peut traverser les mers, changer de continent, reconstruire sa vie ailleurs, apprendre
d’autres langues, adopter d’autres horizons… mais le Liban demeure. Il demeure comme une lumière
intérieure, comme une mémoire qui ne s’efface pas, comme une racine profonde que l’exil ne parvient jamais
à arracher.
Car le Liban n’est pas seulement un territoire inscrit sur une carte. Il est une histoire, une culture, une
sensibilité particulière au monde. Il est une manière d’aimer la vie, de cultiver la parole, de transmettre les
traditions, de faire dialoguer les religions et les civilisations. Depuis des millénaires, cette petite terre posée
entre la mer et la montagne est un carrefour où se rencontrent les cultures, les langues et les spiritualités.
C’est pourquoi, lorsque le Liban traverse des épreuves, lorsque les drames s’accumulent et que l’horizon
semble s’assombrir, la douleur ne s’arrête pas à ses frontières. Elle voyage. Elle traverse les océans. Elle
atteint tous ceux qui portent ce pays dans leur cœur.
Aujourd’hui, la diaspora libanaise ressent profondément cette inquiétude. Une inquiétude mêlée d’une
colère intérieure, née de la succession de crises, de conflits et de tragédies qui frappent notre pays depuis
des décennies. Beaucoup d’entre nous regardent ces événements avec un sentiment d’impuissance, mais
aussi avec une détermination silencieuse, celle de ne jamais abandonner l’espérance.
Car malgré les blessures de l’histoire, le Liban n’a jamais cessé de se relever. Ce pays porte en lui une force
particulière, presque mystérieuse, qui lui permet de survivre là où d’autres auraient disparu.
Les Libanais ont connu la guerre, l’exil, les destructions, les divisions… mais ils ont aussi su préserver ce qui
constitue l’âme d’un peuple : la culture, la mémoire et la transmission.
C’est dans cet esprit que se tiendra, du 28 avril au 2 mai, en Côte d’Ivoire, le Salon international du livre
d’Abidjan (SILA), où le Liban sera le pays invité d’honneur.
Dans le contexte actuel, cet hommage dépasse largement le cadre littéraire. Il devient un symbole.
Un symbole de fidélité entre la diaspora et sa terre natale.
Un symbole de dialogue entre les peuples.
Un symbole de confiance dans la force de la culture.
La Côte d’Ivoire, terre d’accueil généreuse où la communauté libanaise est présente depuis plus d’un siècle,
incarne-t-elle aussi cette histoire de rencontres et de fraternité. Au fil des générations, des milliers de Libanais
ont contribué à la vie économique, sociale et culturelle de ce pays, tout en conservant un lien indéfectible
avec leur patrie d’origine.
Ce lien n’est pas seulement familial ou sentimental. Il est profondément humain et spirituel.
La diaspora libanaise porte en elle une double mémoire : celle du pays d’origine et celle du pays d’accueil.
Elle devient ainsi un pont entre les cultures, un espace vivant de dialogue et de compréhension entre les
peuples.
Imad Badreddine
Auteur du Livre « Les Lumières de l’Orient. »
Aux Éditions Les Trois Colonnes.