L’homme a l’élégance tranquille et discrète de son Berry natal, et la démarche empreinte de nostalgie de celui qui n’a jamais renoncé à l’enfance et à son goût de merveilleux.
Juriste de formation, Thomas Morales est également chroniqueur, et ses tribunes dans Le Figaro, entre autres organes de presse, sont régulièrement un enchantement. Depuis quelques années, ce dandy des temps modernes a déjà franchi à plusieurs reprises la passerelle qui mène les gens de presse vers l’écriture, avec un regard délicat qui aime retranscrire un art de vivre “à la française”, celui qui a fait les beaux jours de la France de l’entre-deux-guerres, en particulier.
Je l’avais d’ailleurs découvert à travers son ouvrage Monsieur Nostalgie, paru aux éditions Heliopoles en 2023. Une sorte de lettre, magnifiquement rédigée, dans laquelle il apostrophe une France simple, populaire et joyeuse à laquelle nous avons été tellement biberonnés, enfants.
Il cultive, dans sa vie de tous les jours comme dans ses livres, un art de vivre certain qui fait l’éloge de la lenteur, des flâneurs qui s’attardent devant les étals des bouquinistes, des guinguettes et des bals musette. Ses pages sont un voyage à travers le temps, à travers le Paris de Nicolas Peyrac et le Saint-Germain-des-Prés des années quatre-vingts.
Récompensé déjà de plusieurs prix littéraires, en lice pour plusieurs autres aujourd’hui, il nous livre dans Les tendresses de Zanzibar une très belle histoire d’amour entre Paris et Province. Une géographie amoureuse qui se déguste à la Bocuse, ponctuée de virées ensoleillées et de souvenirs… Une quête du bonheur empreinte de douceur et rédigée, évidemment, avec le cœur.
Rencontre avec l’auteur.
Votre roman est-il inspiré de votre vie ? L’avez-vous écrit à partir de souvenirs précis ou d’impressions ?
Les tendresses de Zanzibar sont une œuvre de fiction à 90 %. Une histoire d’amour que j’ai voulue belle, puissante, libre, intemporelle, et donc inventée. Une histoire simple, avec seulement une femme et un homme. Un amour absolu qui dure durant 30 ans. Une histoire à contre-courant des modes actuelles, loin de la vulgarité et de l’exhibitionnisme ambiant. Je tenais beaucoup à ce minimalisme qui m’a permis d’élaborer un style particulier, de soigner l’écriture pour que chaque phrase donne la pleine mesure de cet amour rare, unique, que vivent mes deux héros. C’est pourquoi ce texte est relativement court, tout est comprimé pour y être plus explosif. J’aime l’idée du feu d’artifice dans la tête de mes lecteurs. Au départ, j’avais l’ambition d’écrire le portrait d’une femme, quelque chose qui se situerait entre la lettre à une disparue et le recueil de poésie en prose. Durant toute la phase d’écriture, je n’avais qu’une obsession : être le plus sincère possible. Ne pas trahir les sentiments de mes deux personnages, c’est-à-dire ne pas tomber dans une histoire mièvre, à l’eau de rose. C’est bête à dire, mais je souhaitais que toutes les émotions de ce livre soient hautes et nobles, qu’elles touchent en plein cœur un large public. Bien sûr, un écrivain se sert de son vécu, de sa propre histoire, de ses lectures pour créer. Il y a autant de moi dans le personnage de la femme que dans celui de l’homme.
En quoi ce roman vous ressemble-t-il ?
Ce roman me ressemble car il arrive à un moment précis dans ma carrière littéraire où j’avais le désir d’oser plus franchement, de franchir une autre étape, peut-être plus créative et aussi plus exigeante littérairement. J’ai beaucoup écrit durant ces quinze dernières années sur le thème de la nostalgie, sous forme de chroniques. J’adore toujours autant le format court de la chronique, je ne renie pas mes premières amours du journalisme. C’est là que ma plume est certainement la plus à l’aise. Mais il fallait que je dépasse mes peurs. La fiction en faisait partie. Ma fibre poétique devait pouvoir s’exprimer encore plus librement. Donc, il fallait se lancer dans le roman. Alors, j’ai trouvé cette voie intermédiaire, un peu hybride, selon moi, assez originale dans le paysage éditorial : une histoire courte qui flirterait avec les souvenirs et le désir vibrant, entre la déchirure de l’abandon et la communion d’esprit. J’attache une importance considérable au style, qui est l’empreinte génétique d’un écrivain. Derrière le style, c’est la cadence, le rythme, le tempo, l’ancrage dans la mémoire qui se dessinent. Dans Les tendresses de Zanzibar, je voulais aussi faire partager mes coups de cœur pour la musique italienne, Paolo Conte en tête, le cinéma de Philippe de Broca, la figure de quelques acteurs comme Philippe Noiret, mon attachement à la province, ici le Morvan, mais aussi à la ville de Rome. “Zanzibar” est un voyage dans mes songes.
Dans vos divers écrits, une nostalgie liée à un certain art de vivre transparaît souvent, à raison d’ailleurs pour beaucoup de choses. Dans cette période chaotique actuelle, dans laquelle l’immédiateté est une constante, faites-vous partie du club des “c’était mieux avant ?” ou pensez-vous que le passé peut être une référence douceur à rappeler pour construire l’avenir ?
Je ne vois pas le passé comme un enfermement, je ne milite pas pour un retour en arrière, je veux juste me souvenir honnêtement. Je n’ai pas de comptes à régler avec les générations passées. J’ai une profonde admiration pour mes grands-parents qui ont traversé un XXème siècle chaotique. Ma nostalgie est une sorte de refuge quand l’actualité est devenue folle et meurtrière. C’est un pas de côté, une manière de mettre à distance le réel sans l’oublier. Ma fascination pour les actrices et les acteurs d’antan ne sent pas la naphtaline. Au contraire, je pratique une nostalgie partageuse, j’aime faire connaître aux plus jeunes d’entre nous les héros du passé, les cyclistes du Tour de France, les pilotes automobiles des années 1950 ou les poètes oubliés. Je me perçois comme un enlumineur du passé. Vous avez parfaitement raison : dans une société virtuelle, gangrénée par les réseaux, où l’éphémère triomphe souvent, se souvenir est une pause de l’esprit, une aération qui nourrit l’imaginaire plus qu’il ne le réduit. La nostalgie, c’est s’ouvrir aux autres !
Les tendresses de Zanzibar
Éditions du Rocher
128 pages
