“ Les arbres sont des poèmes que la terre écrit sur le ciel. Nous les abattons et en faisons du papier pour consigner notre vacuité. ” Gibran Khalil Gibran
Je dédie cette exposition à mon père, parti en ce début d’année. Mais aussi parce qu’il aimait les arbres et les poèmes. Il les aimait, les taillait, les plantait, les mariait. Il aimait la beauté, il savait la voir.
Cette série s’inscrit dans mon travail sur les défis environnementaux entamé en 2010. Après avoir peins les strates, les falaises et les marées noires, j'abordais en 2024 les déforestations, les incendies de forêts qui ont lieu sur notre planète et surtout l'incendie de la pinède surplombant notre maison à Baskinta au Liban. Au cours de mon travail, je découvre cet aphorisme de Gibran qui fait dévier ma trajectoire, je décide de ne garder que la première partie : les arbres sont des poèmes que la terre écrit sur le ciel. J’arrête de peindre les arbres brûlés et coupés, j'ai résolu de célébrer plutôt la persistance, la beauté et la poésie des arbres.
Mes nombreuses photos prises durant mes randonnées en nature sont la base de cette série. Mais aussi la crainte persistante et le malaise envers cette planète à bout de souffle. Les arbres sont un des éléments de cette terre qu'on ne voit plus. Nous n’avons pas le temps de les voir, nous ignorons qu'ils sont nos poumons, nous les coupons et les brûlons. Nous pensons trouver la solution en en replantant, sans savoir que la plupart ne survit pas.
Aujourd’hui, dans ce monde qui préfère la violence et la laideur, qui s’accélère et se détruit, cette série impose un ralentissement. En nature, le temps ralentit et freine notre course. On s’arrête, on contemple, on respire. Juste le temps de se rendre compte que la nature n'est pas seulement un spectacle. Nous en faisons partie. Lumière, odeurs, couleurs, mouvements. Mais aussi désespoir deviné en voyant la sécheresse décolorer les feuilles. Face à cela, nous avons choisi le déni. J'ai choisi la lumière.