Mam, ils tapent beaucoup, t’es où ?
Ce soir, le 11 mars 2026, mon amie et moi sortons du théâtre. Le son du drone nous cueille à la sortie et ma copine répond à sa fille : Yalla mam, je serai là dans 20 minutes.
Une minute plus tôt, nous étions encore dans la salle, à retenir nos larmes, bouleversées par celles de Josyane Boulos, la directrice du Théâtre Monnot. La pièce vient de s’achever. Dix acteurs, incroyables, nous saluent et nous les applaudissons longuement.
Josyane s’avance pour nous parler, mais elle n’y arrive pas tout de suite. L’émotion est trop forte. La tension est trop forte. La guerre est trop forte. La violence est trop forte. Et le bruit des avions et des drones aussi.
Puis, calmée, elle nous parle. De la pièce ‘Mensonge blanc’, écrite par Alexandre Najjar et mise en scène par Lina Abyad. Une pièce sur la guerre, encore. Oui. Mais Josyane insiste : il s’agit de se poser, encore et toujours, la question du pourquoi. Dire la guerre, non seulement pour ne pas oublier, mais aussi pour tout faire afin qu’elle ne revienne pas.
‘Mensonge blanc’ raconte l’histoire, familière et pourtant toujours insupportable, d’un jeune homme de 20 ans en 1975, tiraillé entre l’appel du front et celui des études. C’est l’histoire de familles qui se séparent, de bombardements, de vies suspendues. Je n’ai pas besoin d’écrire la litanie de nos grandes souffrances et de nos petits déboires de la guerre civile. Nous la connaissons. Nous la portons.
En français et en libanais, le jeu est enlevé, le rythme soutenu. On rit, on pleure, on se rappelle, même quand on ne veut pas se rappeler. Les acteurs épousent leurs rôles avec une justesse rare, et, au moment de partir, on n’a pas envie de les quitter.
Josyane, comme tu le dis si bien, oui, la culture est une résistance. C’est le visage de notre Liban. Et même déformé par cinquante ans de guerres, il reste un visage merveilleux, souriant, ouvert sur le monde. Grâce à toute la scène culturelle, à sa résilience (oui, c’est comme ça qu’on dit), à son soumoud (si tu préfères ce mot), nous continuons. Cela fait cinquante ans que l’on tient, et nous faisons encore de belles choses. Cela ne va pas s’arrêter.
Nous restons tous ensemble, soudés, et à l’adresse du public, je lui dis : courez vite au Monnot parce que ces femmes et ces hommes, sur les planches, vous apportent une part de vie envers et contre tout.
Merci à eux : Joe Abi Aad, Jalal Al Shaar, Gaelle Ayle, Aly Bleibel, Josyane Boulos, Ali Farhat, Joanna Khalaf, Jacques Maroun, Anthony Touma et Maya Yammine.
A savoir
Jusqu'au 13/03/2026 à 20h00
Théâtre Monnot
Billets ici
