Sur les rives scintillantes de la Méditerranée, Byblos — Jbeil en arabe — se présente comme un témoin vivant du temps et de la mémoire du Liban. Occupée depuis le Néolithique, cette cité plurimillénaire déploie près de neuf millénaires d’histoire, de civilisations et de savoirs, comme une stratification sensible où chaque époque affleure sans jamais disparaître tout à fait.
Le nom Byblos provient du grec ancien Býblos, désignant la ville par laquelle transitait le papyrus en provenance d’Égypte, matériau essentiel à l’écriture et à la transmission des savoirs. Dès lors, la cité s’inscrit au cœur d’une histoire du texte et de la mémoire, à la croisée du commerce et de la pensée, là où circulent à la fois les biens et les récits.
Située à proximité de Beyrouth, Byblos se distingue par son tell stratifié, véritable archive du temps long. Port commercial majeur, centre religieux et carrefour culturel, elle est associée au développement de l’alphabet phénicien, qui a profondément influencé les systèmes d’écriture ultérieurs. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle conserve des vestiges majeurs, dont le sarcophage d’Ahiram, considéré comme l’une des plus anciennes inscriptions alphabétiques connues.
À Paris, l’Institut du Monde Arabe consacre à cette cité une exposition d’envergure, réunissant plus de 400 pièces archéologiques. Une traversée du temps, où l’objet devient récit et où l’histoire, loin d’être figée, se donne à lire comme une interprétation toujours en devenir, une perspective qui fait écho à la pensée de Paul Ricœur, pour qui le temps ne prend sens que dans le récit que l’on en tisse.
L’exposition a été inaugurée le 23 mars 2026 par le président de la République française, Emmanuel Macron, en présence de Rabih Chaer, ambassadeur du Liban en France, du Dr. Ghassan Salamé, ministre libanais de la Culture, de Anne-Claire Legendre, présidente de l’Institut du Monde Arabe, de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, de Catherine Pégard, ministre de la Culture en France, de Shawqi Abdel-Amir, directeur général de l’Institut du Monde Arabe, du Dr. Khaled Al-Anani, directeur général de l’UNESCO, ainsi que des députés Simon Abi Ramia et Ziad Hawat, du gouverneur de la Banque du Liban Karim Souaid, du maire de Jbeil Joseph Chami, et du Dr. Sarkis El-Khoury, directeur général de la Direction générale des Antiquités du Liban. Autour d’eux, de nombreux officiels, mécènes et représentants d’associations ont accompagné ce moment à forte portée symbolique.
Cette dimension institutionnelle et diplomatique trouve un prolongement naturel dans le parcours de l’exposition lui-même, qui invite à une expérience à la fois sensible et méditative. La mise en scène déploie ainsi un univers aux tonalités profondes et fluides, où les œuvres semblent émerger comme des vestiges vivants, suspendus entre présence et disparition. Chaque pièce s’offre comme un fragment de temps retrouvé, dans une tension silencieuse entre mémoire et oubli.
Parmi les œuvres majeures, le sarcophage d’Ahiram s’impose comme une pierre fondatrice du langage écrit. La mosaïque romaine représentant l’enlèvement d’Europe inscrit Byblos dans une géographie mythique où se croisent Orient et Occident, rappelant que les récits fondateurs sont eux aussi des voyages. Les objets issus de la nécropole royale, parures, vases, éléments rituels, révèlent le raffinement d’un monde ancien, dont les traces continuent d’irradier le présent.
Photo : ©️ Yann Pichonnière | IMA
Certaines œuvres, absentes pour des raisons de conservation, sont évoquées par une scénographie discrète, presque méditative. Ces absences deviennent elles-mêmes signifiantes, rappelant que toute mémoire est partielle, lacunaire, et qu’elle se construit autant dans ce qui est montré que dans ce qui manque.
Ainsi, l’exposition ne se contente pas de montrer : elle interroge. Elle donne à voir une mémoire qui ne réside pas uniquement dans le souvenir, mais dans ce qui se relève des traces, enfouies sous la terre, inscrites dans la pierre, ou transmises par les gestes et les récits. Une mémoire fragile, fragmentaire, mais persistante.
Byblos apparaît alors comme une cité vivante, non pas figée dans le passé, mais continuellement réinterprétée. Une ville où le temps ne s’accumule pas seulement, mais se transforme, se raconte, se transmet. Le catalogue de l’exposition accompagne cette exploration, offrant une trace durable de ce dialogue entre histoire et écriture.
Informations pratiques :
Exposition : Byblos, cité millénaire du Liban
📍 Institut du Monde Arabe, Paris
📅 Du 24 mars au 23 août 2026
Plus de 400 pièces archéologiques présentées, avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Direction générale des Antiquités du Liban.
Photo : Bérine Pharaon
Photo de couverture : Bérine Pharaon