Samedi 28 février au matin, les Etats-Unis et Israël décident d’attaquer l’Iran. En peu de temps, c’est l’escalade régionale, mais pour une fois, le Liban est épargné. Sur les réseaux, de nombreux Libanais en profitent pour ironiser sur la situation et classent leur pays comme le plus sûr du Moyen-Orient. Le soir, Beyrouth est fidèle à elle-même, animée. Dimanche, on commence à s’interroger. Le Hezbollah, va-t-il rentrer en guerre ? Va-t-il rester en dehors ? Le Liban, est-il sauf cette fois-ci ? Tant de questions auxquelles nous avons pu malheureusement répondre rapidement.
Lundi 2 mars, 2h40, des explosions réveillent toute la ville, moi y compris. Très vite, je m’interroge sur l’origine. Premier réflexe : Instagram. Je vérifie tous les médias libanais que je suis pour savoir s’ils ont des infos. Des tirs ont été lancés du Sud-Liban. Israël réplique. J’envoie un message à mon ami syrien : « Habibi, it’s not fireworks ». Il a vécu la guerre en Syrie. Pour le rassurer, sa mère lui disait que les bombardements étaient des feux d’artifice. On échange un peu, histoire de dédramatiser.
Pendant plus d’une heure, j’envoie des messages à mes amis français encore réveillés ainsi qu’à ma famille. Je n’ai pas envie qu’ils s’inquiètent au réveil en découvrant l’actualité. J’anticipe et leur annonce ce qu’il s’est passé, que je vais bien, et que je vais essayer de me rendormir. Myriam aussi m’écrit. Nous devions nous retrouver à 9h30 pour l’Agenda Culturel, c’est évidemment annulé. « On verra l’évolution de la situation […] Ça va ? T’en fais pas… ».
La journée de lundi se résume à consulter le direct de L’Orient-le-Jour pour suivre les actualités en temps réel et à répondre aux dizaines de messages : « Ça va ? », « Ça va ! ». Le plus compliqué est de rassurer mes proches en France, qui ne comprennent pas totalement ce qu’il se passe et qui sont confrontés à des images de guerre. En parallèle, mes amis libanais m’envoient des messages pour savoir si je vais bien, pour me rassurer parce que je suis dans un quartier sûr et pour me dire de ne surtout pas hésiter si j’ai besoin de quoi que ce soit. C’est aussi ça, la beauté du Liban : la solidarité.
Encore marqué par la guerre de 2024, le pays est de nouveau plongé dans la violence. Des milliers de personnes sont déplacées, contraintes de tout quitter face aux menaces et aux demandes d’évacuation de l’armée israélienne. Les familles se réfugient là où elles peuvent : dans la rue, dans les centres d’accueil ou dans les écoles ouvertes spécialement pour les accueillir. Mais dans ce chaos, le Liban s’adapte, encore et toujours, et l’entraide se met en place. De nombreuses personnes, ONG, lieux culturels et structures indépendantes s’engagent pour offrir aux déplacés nourriture, logement, soins et soutien.
Les jours se ressemblent, la routine s’installe. Jusqu’au jeudi 5 mars, où l’armée israélienne donne un nouvel ordre d’évacuation pour la banlieue sud de Beyrouth. Une deuxième vague de panique traverse le pays : ils annoncent vouloir raser la banlieue sud. La tension monte encore d’un cran. On ne sait pas à quoi s’attendre jeudi soir. La ville retient son souffle.
Vendredi, plus de peur que de mal si l’on peut dire. Les frappes ont bien eu lieu, mais elles ne sont pas aussi violentes que ce que beaucoup redoutaient. Samedi, je me promène dans Gemmayzé. C’est calme. Trop calme pour un samedi. La guerre est là, présente.