« La quête de Nayla » aux éditions les Chantuseries, 2025 est un roman où la gravité de la guerre et les drames personnels accompagnent des moments où la vie se savoure avec douceur.
Roman profond et subtil, lumineux et vivant, « La quête de Nayla », qui avait été sélectionné pour le Prix France-Liban 2025, raconte l’histoire d’une enfant, née en France d’un père libanais et d’une mère française. Ce père qu’elle n’a quasiment pas connu puisqu’il est retourné au Liban alors qu’elle était toute petite, Nayla tente de le retrouver des années plus tard, après l’enfance, après la guerre, et avant l’oubli total.
A travers la voix de Nayla, le récit nous emmène entre la France et le Liban, entre fictions et sensations vécues, dans ces territoires de l’entre-deux, ces carrefours et ces interfaces frontalières qui savent dire avec justesse la force d’un amour perdu toujours ardent ou encore l’élan de vie au cœur des tragédies humaines. Entretien avec l’auteure.
Le récit s’ouvre sur une scène de rêve, la vision d’un homme que Nayla tente de saisir dans un halo de brume. Que raconte la scène d’ouverture dans sa dimension onirique ? Que nous dit-elle de la quête de Nayla ?
Le rêve ouvre une fenêtre éphémère sur un espace inconscient, parfois à la frontière entre le vécu, le cauchemar ou le désir… Nul ne sait s’il a un caractère prémonitoire. Pour Nayla, le rêve se situe en milieu forestier qui lui est familier dans la mesure où elle est proche de la nature. La silhouette de cet homme fait surgir en elle les souvenirs d’une enfance privée de son père, Nabil, et annonce la quête qu’elle va poursuivre : retrouver celui qui a déserté le nid familial. Sa mère, Mathilde, l’a élevée seule, contre son gré, et se livrera par bribes sur sa relation avec Nabil. La fugacité des images laisse entrevoir une enquête soumise à des méandres.
Durant son cheminement, Nayla croise des personnages dont les vies sont aussi mues par des quêtes diverses. Qui sont ces personnages ? En quoi leurs démarches, leurs interrogations et leurs propres quêtes pourraient-elles refléter celles de Nayla ?
La relation -plutôt sur le mode de l’interrogation au début de la part de Nayla- évolue vers un climat de confiance. Les personnages ont tous une sensibilité aux échanges interculturels et sont porteurs d’engagements à travers lesquels ils ont instauré, par le passé avec Nabil, des liens d’amitié, voire de coopération. Lors des différentes rencontres, Nayla découvre comment ils agissent sur leur territoire pour favoriser une dynamique collective, qu’il s’agisse d’échanges amicaux dans le cadre de jumelages internationaux, la défense de l’agriculture biologique et du développement durable, l’organisation de manifestations pour les familles adoptantes ou d’évènements culturels en milieu rural. Peu à peu, Nayla peut entrevoir des modes de vie que son père a côtoyés sans s’y conformer. Elle développera son activité de foodtruck en intégrant certaines valeurs liées à ces rencontres, dans la qualité des denrées utilisées, la participation à des fêtes et festivals notamment, un chemin qui présente - à son insu peut-être- quelques similitudes avec celui parcouru par son père.
Le récit se déplie dans une géographie qui mêle des territoires divers entre la France et le Liban : la Bretagne, la Vendée, la Touraine, La Charente Maritime, Beyrouth, le Mont Liban, Quelle importance ont les lieux dans ce récit ? Quelle influence ont-ils sur les personnages ?
Les paysages sont décrits avec détails parce que la poésie les habite. Les lieux sont en interaction avec les personnages dans la mesure où ces derniers sont très impliqués pour le développement et la préservation de leur territoire et de son patrimoine naturel et culturel. Au fil de son enquête, Nayla explore les liens humains autant que les lieux, parfois marqués par la présence active de Nabil quelques années plus tôt. Si Nayla parcourt des lieux plutôt paisibles dans l’ouest de la France, ceux du Liban apparaitront d’abord sous des formes imagées jusqu’à son arrivée à Beyrouth où un évènement va faire basculer l’atmosphère. Ainsi ce roman est un trait d’union entre la France et le Liban, autant d’un point de vue géographique que dans la vie des acteurs.
Qu’est-ce que cette première expérience de romancière vous a appris du métier ?
L’écriture de ce roman fait appel à une méthode participative dans la mesure où les récits de la plupart des personnages sont issus d’entretiens, d’où leur authenticité individuelle et sociologique. Ma pratique de l’écriture s’est forgée au fil des lectures et des séances de travail avec des auteurs dans le cadre d’ateliers d’écriture depuis une vingtaine d’années. Outre la mesure du travail conséquent que la rédaction d’un roman exige, cette expérience a changé mon rapport à la littérature -dont je n’étais pas familière initialement – et m’a permis de me confronter à une face cachée de mon identité.