Elle en a traversé des tempêtes et des hivers au Canada, apprivoisant en famille l’exil et le déracinement… Ces années passées loin du Liban ont poli sa pensée et son regard, lui offrant en échange la lucidité calme de ceux qui ont grandi entre deux mondes sans jamais appartenir tout à fait à l’un ou à l’autre. Lorsqu’elle pose à nouveau le pied sur la terre libanaise en 2025, c’est avec la joie et l’espoir au cœur. Julie Ziedeh retrouve alors un pays plein de fêlures, mais vibrant de détermination, avec cette lueur d’avenir qui revient parfois, malgré tout.
À Montréal, une belle expérience en marketing chez Chanel, puis une autre dans une banque privée, lui donnaient l’espoir de retrouver rapidement un travail dans le pays de ses racines. C’était sans compter avec l’intranquillité permanente de cette terre volcanique. Quelques semaines après son arrivée, le Liban se retrouve une fois de plus sous le feu des bombardements israéliens, livré à un chaos social et économique. Elle postule à plusieurs emplois, mais comment passer des entretiens, même en virtuel, sous le fracas des bombes, dans un tel désarroi. Julie habite sur les hauteurs de Beyrouth, surplombant une banlieue sud bombardée tous les jours. Alors elle change de cap. Elle troque dossiers et entrevues d’embauche contre la pâtisserie, sa passion secrète depuis toujours.

Ses gâteaux deviennent des hits en quelques semaines grâce au bouche à oreille, qui supplante tous les marketing. Avec ses économies rapportées de Montréal, elle investit dans un matériel de qualité, choisit les meilleures matières premières, et la voilà lancée. Les commandes, d’abord timides, se multiplient et lui permettent de s’occuper “les mains et la tête”, comme elle dit, avec son délicieux petit accent canadien.
“Malaxer et pétrir sont ma façon de résister et de réveiller de jolis souvenirs d’adolescence, lorsque je donnais un coup de main à ma cousine, chef privé et traiteur à Montréal. J’observais sa façon de gérer les commandes et c’est surtout avec elle que j’ai appris un petit peu le métier. Du plus loin que je m’en souvienne, enfant, j’avais déjà une passion pour la cuisine. À la maison, la tradition du repas familial dominical réunissait malgré l’exil toute la famille. J’ai d’abord cuisiné avec ma mère, remarquable aux fourneaux, puis avec mes tantes et mes cousines. Je n’ai jamais suivi de cours, mais en observant les gestes, en écoutant les commentaires, j’ai petit à petit acquis les recettes et appris les tours de main. J’ai ensuite lu beaucoup d’ouvrages, regardé pas mal d’émissions télévisées et mis au point mes recettes vedettes en les répétant inlassablement, jusqu’à les amener au niveau qu’elles offrent aujourd’hui. Avec chaque gâteau que je prépare, j’ai l’impression de mettre un peu d’ordre dans ce chaos qui nous entoure.”

En décorant ses gâteaux, Julie semble dessiner un peu la paix. Nourrir les autres et faire plaisir pour ne pas sombrer. Créer pour oublier les détonations. Offrir, à des prix abordables, du bon et du baume au cœur. Chaque commande reçue est une victoire silencieuse, un pied de nez à la guerre.
Ses spécialités. Le cheesecake et le tiramisu. Mais aussi une multitude de petites créations, avec une touche personnalisée. Cookies et sablés, brownies et marbrés. Des recettes simples, revisitées avec une créativité bien à elle.
Son plat préféré, toutes cuisines du monde confondues. Le kebbé nayeh.
Et pour les desserts. La kneffeh côté libanais.
Et à l’international, vous l’aurez deviné, le tiramisu. Sa signification, “tire moi vers le haut”, résonne aujourd’hui comme une consigne de survie au Liban, surtout lorsqu’il est confectionné avec autant de soin et de tendresse.
En portions individuelles ou plus généreuses à partager, les délices de Julie ont leur place sur toutes les tables, pour remonter le moral et les cœurs. Vous pouvez les trouver en libre-service au café Bonjour, à Baabda, rue Saïd Freiha, et sur commande au +971 81573803.
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