Je lisais un article dans une revue très sérieuse à propos de l’âge et des chances de bien vieillir au vu des progrès de la science. Entre autres, quelques recommandations dont : réduire la viande et les aliments industrialisés, essayer tous les mois quelque chose de nouveau, visiter un ami chaque semaine, se lever chaque matin et rendre grâce pour ce qu’on a…
Et là me revient une conversation avec une amie soumise au stress libanais (en continu que j’oserais dire) de la guerre, de l’insécurité, du manque de tout et de l’incertitude quant au lendemain. Alors que je lui disais que le Liban me manque, elle me rétorque : « Mais au moins au Canada, vous vivez !»
Sans trop réfléchir, je me suis entendue lui répondre : « Oui, nous mangeons tranquillement nos repas, nous allons à la bibliothèque, à la gym, notre semaine de travail se déroule sans imprévu, nous rentrons dormir dans un lit douillet, chauffé, les fins de semaine nous allons au centre d’achat faire nos courses et voir le monde bouger autour de nous… Et la semaine suivante, même scénario. Si c’est ça la vie, elle est fade, « plate », elle n’a pas de peps… »
Mon amie ne comprenait pas. J’ai continué : « Tu vois, sans vouloir vous envier pour votre situation, je me rends compte que la vie sans l’urgence de la vivre, sans cohésion sociale, sans spiritualité, coupés de la nature, isolés, stressés pour un objectif qui n’est pas le nôtre et à qui nous dédions nos jours… Je ne sais pas si c’est ça vivre. Ici, on fait des plans pour son enterrement, dès l’âge de la pré-retraite, cet âge où on bascule dans l’attente de la fin, actionnés par une société qui ne réfléchit qu’en termes de profits économiques, où tous les jours sont pareils, calqués sur un schéma inamovible, où on a besoin d’un coach pour nous enseigner la gratitude, où on vit comme si on était éternel, avec la certitude absolue du lendemain, où on pense que la santé est un dû, où vieillesse doit rimer avec jeunesse, où on remet à plus tard ce qui nous tient à cœur, où les jours passent et les années s’effacent, toutes pareilles…
J’ai entendu alors son sourire chaleureux à travers le téléphone quand elle m’a interrompue : « Finalement, quand tu viens au Liban ? On t’attend. »