Parfois, je pense à la futilité des modes éphémères face à l’urgence du monde dans lequel nous vivons. Un monde au bord du gouffre : guerres, crises climatiques, inégalités béantes ; les journaux, magazines et réseaux sociaux déploient des trésors d’ingéniosité pour nous noyer sous l’insignifiant.
Le jeans taille haute qui « révolutionne » votre garde-robe (parce qu’on n’avait vraiment besoin d’un énième basique en 2026), scrollé sur Instagram ? Le vernis turquoise, it-shade de l’été vanté en Reels TikTok, censé « illuminer vos journées » plus efficacement que le soleil lui-même ? Ou le bleu ciel, teinte douce qui envahit les dressings pour nous faire oublier les tempêtes à venir ? Et n’oublions pas le lavande doux qui « apaise votre garde-robe » pendant que la planète hurle, pendant que les enfants meurent de faim et de peur, pendant que des villes s’effondrent sous les bombes, et pendant que les saisons se détraquent et les catastrophes s’accumulent en notifications sur nos écrans.
À quoi bon ces chroniques frelatées, ces stories et posts dignes d’un cirque médiatique, quand l’essentiel hurle ? La surconsommation galopante épuise les ressources, engorge les océans de plastique et accélère le réchauffement. Nous l’avons assez entendu pour savoir le répéter correctement.
Au lieu d’éduquer à la sobriété heureuse, recycler, réparer, consommer moins mais mieux, ces médias alimentent le rouleau compresseur du désir artificiel et immédiat. Ils transforment le superflu en nécessité, nous vendant l’illusion que le bonheur se niche dans un ourlet, une teinte d’ongle ou une nuance saisonnière « absolument indispensable ». Tout est bon, même l’excuse green éco-responsable : cette capsule limitée, 100 % durable, un attrape-imbécile qui remplit nos placards d’illusions vertes pour garder la conscience tranquille, et la consommation utile. Résultat ? Des armoires qui débordent, des fast-fashion qui polluent à tour de bras nos étagères et nos océans, et nous, complices dupes, qui « likeons » notre propre chute.
Il est temps que la presse et les influenceurs se réveillent. Plutôt que de flatter nos vanités avec des palettes éphémères, qu’ils nous arment de savoir : comment vivre avec moins, impact minimal, joie maximale. Et, mon Dieu, s’il fallait parler et conseiller une couleur à la mode, conseillez le noir. Le noir comme les fumées des usines, les océans pollués, les yeux tristes de ces enfants en première page de quotidiens, et les cœurs en deuil d’un monde en détresse. Et ça reste.