Pour sa 25e édition, le Prix des cinq continents de la Francophonie a été attribué à Alexandre Lenot pour son roman Cette vieille chanson qui brûle, publié aux éditions Denoël.
Organisée le 19 mars 2026 à la Salle Wagram à Paris, la cérémonie anniversaire a réuni anciens lauréats, représentants du corps diplomatique, éditeurs, écrivains et professionnels du livre, célébrant ainsi un quart de siècle d’engagement en faveur des littératures d’expression française à travers le monde.
Au fil des ans, ce prix s’est imposé comme un repère singulier dans l’espace francophone : il rappelle que la langue française n’est pas seulement un héritage, mais un territoire vivant, un espace de création et de circulation des imaginaires, où se rencontrent des cultures, des accents, des histoires, des manières d’habiter le monde. Cette édition 2026 l’a réaffirmé, en mettant au premier plan l’idée que la légitimité littéraire ne peut venir d’un seul centre.
Dans son allocution, la Secrétaire générale a insisté sur l’ancrage profondément international du Prix, porté par des comités de lecture indépendants répartis dans l’ensemble de la francophonie. Chaque année, des centaines d’ouvrages venus du monde entier sont lus et sélectionnés, et cette diversité géographique des regards est pensée comme une condition de justesse du choix.
Le lauréat 2026 : un roman de deuil, de mémoire, et de retour.
Cette vieille chanson qui brûle suit Noé, l’un des deux jumeaux, Jérémie et Noé, qui ont grandi sans mère dans une maison isolée, à l’écart du monde scolaire et social. Après la mort de son frère, Noé revient sur les lieux de l’enfance et retrouve un père rongé par l’amertume et la solitude. À travers ce retour, le roman explore un cheminement intérieur fait de deuil, de colère et de mémoire, interrogeant aussi ce qui nous construit, y compris à travers nos manques.
Le jury souligne la puissance d’un récit porté par une langue incantatoire, dans une nature presque mythologique, où se mêlent silence, amour, deuil, et la possibilité du pardon.
Alexandre Lenot, auteur franco-américain de mère égyptienne, s’était déjà fait remarquer avec Écorces vives (Actes Sud, 2018). Il écrit également pour le cinéma, la radio et la télévision, et signe ici son second roman.
Mention spéciale : Les Béliers d’Ahmed Fouad Bouras

La mention spéciale 2026 a été attribuée à Ahmed Fouad Bouras pour Les Béliers, publié aux éditions Emmanuelle Collas. Le roman se déroule dans l’Algérie des années 2000, entre ville et campagne. Ouahab, né et grandi en France, découvre à la demande de son père un pays et une famille qu’il ne connaît pas. Autour de lui, une fratrie contrastée et un père autoritaire, tandis que les combats de béliers deviennent le révélateur des tensions humaines.
Le jury met en avant l’humour et la maîtrise du récit, qui aborde les rapports de force au sein de la famille, la place des femmes et les désillusions d’une génération. Ahmed Fouad Bouras est né à Alger, il est chirurgien et vit des deux côtés de la Méditerranée. Les Béliers est son premier roman.
Une sélection finale attentive à la langue et au dialogue des cultures.
Le jury a délibéré à partir d’une sélection finale de cinq titres : Le sens de la fuite de Hajar Azell (Gallimard), Les Béliers d’Ahmed Fouad Bouras (Emmanuelle Collas), Cette vieille chanson qui brûle d’Alexandre Lenot (Denoël), Pays amer de Georgia Makhlouf (Presses de la Cité), et Mourir de froid, c’est beau, c’est long, c’est délicieux de Nathalie Plaat (Presses de l’Université de Montréal).
Les critères constitutifs du Prix restent au cœur du processus : excellence de la langue, singularité de l’écriture, et capacité des œuvres à porter un dialogue des cultures en résonance avec les enjeux contemporains.
Le jury 2026 était présidé par Fawzia Zouari, et composé de Hemley Boum, Michel Choueiri, Marie Lucas, Monique Proulx, Mohamed Mbougar Sarr, Sami Tchak et Minh Tran Huy.
Porté par l’OIF depuis 2001, doté de 15 000 euros pour le lauréat et de 5 000 euros pour la mention spéciale, le Prix des cinq continents continue, année après année, de faire entendre une francophonie plurielle, audacieuse, et résolument contemporaine.