Du 28 avril au 2 mai 2026, Abidjan a vécu au rythme d’une effervescence singulière, celle du Salon International du Livre d’Abidjan (SILA), vaste agora où la littérature, la pensée et les imaginaires se sont croisés dans une intensité rare. Des milliers de visiteurs, des dizaines de milliers d’ouvrages diffusés, des élèves et étudiants venus de toutes les régions de Côte d’Ivoire, autant de signes d’un événement qui dépasse la simple programmation culturelle pour toucher à une véritable expérience collective de la lecture.
Dans les allées du salon, le livre n’était pas seulement un objet exposé. Il devenait présence, appel, question. Il circulait entre les mains comme une parole vivante, réactivant ce lien fragile mais essentiel entre savoir et intériorité. Le SILA 2026 s’est ainsi imposé comme un espace de respiration, où la culture écrite retrouve sa fonction première, ouvrir des chemins dans le silence du monde.
Parmi les invités d’honneur de cette édition, le Liban a occupé une place profondément symbolique. Terre de littérature et de mémoire, il a offert au salon une densité particulière, celle d’un pays où l’écriture demeure un acte de survie et de dialogue. Cette présence a rappelé que les livres, au-delà des frontières, sont des lieux de rencontre entre les peuples et les sensibilités.
Cette participation s’est incarnée avec force à travers l’engagement de la diaspora libanaise, et particulièrement de l’ULCM, aux côtés de l’Ambassade du Liban. Leur rôle a été déterminant dans la réussite et la structuration de cette présence, faisant du Liban non pas un simple invité, mais un véritable partenaire culturel du SILA. Par leur action, ils ont consolidé un pont vivant entre les deux rives, africaines et méditerranéennes, où le livre devient langage commun.
À l’issue de cette édition, une évidence s’impose, l’événement doit désormais se penser dans la durée. La ferveur ne suffit pas si elle ne se transforme pas en continuité. Capitaliser le SILA, c’est prolonger son souffle au-delà des jours de fête, en inscrivant le livre dans les espaces éducatifs, sociaux et communautaires. C’est faire de la lecture non plus un moment, mais une pratique de vie.
Dans cette perspective, l’édition 2027 s’annonce comme une étape charnière. Elle ne devra pas seulement reproduire, mais approfondir. Faire du SILA non plus un événement ponctuel, mais une saison du livre, ouverte et enracinée dans le quotidien des lecteurs, des auteurs et des institutions.
Le Liban, dans ce mouvement, poursuivra sa présence, mais sous une forme renouvelée, celle d’un partenariat culturel durable, fondé sur l’échange, la circulation des idées, des auteurs et des projets entre les deux pays. Une présence qui ne se limite plus à l’invitation, mais s’inscrit dans une continuité vivante et partagée.
Ainsi, au terme de ces cinq jours, le SILA 2026 laisse apparaître ce qu’il est véritablement, non pas seulement un salon, mais une traversée. Une expérience où le livre, loin d’être un objet figé, redevient ce qu’il a toujours été au cœur des civilisations : un passage vers l’autre, vers soi, vers l’avenir.
Imad Badreddine
Écrivain Essayiste
Auteur du livre
« Les Lumières de l’Orient »