En décembre dernier, Miami était le point de convergence de la planète design : collectionneurs, galeries, curateurs et studios y orbitaient autour des foires et des rendez-vous qui redessinent chaque année la carte mondiale des talents. Dans cette effervescence, la présence du designer libanais Hicham Ghandour a retenu l’attention : une pratique fondée sur l’exigence du geste, la noblesse des matériaux et un art très personnel du contraste, présentée sur son propre stand au cœur de Design Miami.
Né à Beyrouth, Hicham Ghandour a passé plus de trois décennies à New York avant de revenir s’installer au Liban en 2011. Sa trajectoire raconte déjà une circulation entre cultures et savoir-faire : formé à la restauration de mobilier au Fashion Institute of Technology à New York, puis spécialisé dans la restauration de dorure au Palazzo Spinelli à Florence, il a développé une connaissance rare de la matière, de la patine et du temps long. Son expertise l’a mené jusqu’au département de conservation de la dorure du Metropolitan Museum of Art, et à des collaborations avec Ralph Lauren Home sur des prototypes de mobilier doré.
Cette culture de l’atelier et de la précision irrigue aujourd’hui un langage de design qui refuse la démonstration gratuite. Chez Ghandour, l’objet ne cherche pas à “faire” image : il s’impose plutôt par une présence silencieuse, presque architecturale, où chaque raccord, chaque surface, chaque reflet est pensé comme une phrase. Depuis 2016, il conçoit des pièces exclusives pour la Nilufar Gallery à Milan, un ancrage majeur dans le champ du collectible design, et une reconnaissance de cette approche à la fois raffinée et radicale.

À Miami, il a présenté un ensemble qui célèbre le dialogue des matières et la tension entre sophistication et rugosité. Son usage de matériaux précieux et sensuels, bronze, pierres, verres produit une lumière “habitée”, parfois presque cinématographique : miroirs, luminaires et tables y deviennent des instruments de réflexion au sens propre comme au figuré.
Ce qui frappe, dans ce corpus, c’est la façon dont Ghandour fait coexister l’héritage méditerranéen et une modernité urbaine très new-yorkaise. Les références ne sont jamais littérales : elles affleurent dans le choix des textures, dans l’éclat d’un métal poli, dans la présence minérale d’une pierre, dans un sens du détail qui rappelle la restauration, cette discipline où l’on apprend à écouter les surfaces. Même lorsqu’il s’autorise l’illusion et le jeu, l’intention reste sérieuse : interroger la valeur d’un relief, la mémoire d’un matériau, la part de trompe-l’œil que tout objet peut contenir. Un article consacré aux talents régionaux à Design Miami évoque ainsi des pièces où la surface devient récit, et où l’empreinte du “toucher” est aussi importante que la forme.
Cette présence à Miami s’inscrit aussi dans un mouvement plus large : celui d’une scène libanaise et moyen-orientale qui s’affirme dans les grandes foires internationales sans renoncer à ses filiations artisanales. Dans un paysage parfois dominé par l’effet, Hicham Ghandour arrive avec une proposition d’une autre nature : une élégance construite, une sensualité contenue, un luxe qui tient moins du spectaculaire que de la précision.
À l’heure où Design Miami a célébré son édition anniversaire sous le signe du “Make. Believe.”, la démarche de Ghandour résonne comme une réponse sobre et puissante : croire à la main, à la durée, à la beauté des alliances inattendues. À Miami, il n’a pas représenté seulement un nom libanais de plus sur une liste : il a incarné une manière d’être au monde par l’objet, un art de la mesure et de la lumière, profondément méditerranéen, résolument contemporain.
