Depuis plusieurs semaines, les attaques israéliennes dans le sud du Liban se multiplient. Évacuations forcées, incursions terrestres, destruction des ponts sur le fleuve du Litani : les habitants du sud sont contraints de quitter leur maison, même si certains choisissent de rester malgré tout. Beaucoup ont trouvé refuge chez des proches, à Beyrouth ou ailleurs, tandis que d’autres louent des appartements. Il est d’ailleurs malheureusement connu qu’en temps de guerre, certains propriétaires profitent de l’urgence pour pratiquer des loyers exorbitants.
Mes nouveaux voisins, eux, sont arrivés environ une semaine après le début de la guerre, en provenance de Tyr.
Un matin, la mère frappe à notre porte. Elle nous explique qu’ils viennent d’arriver et nous demande si nous avons du lait ou des couches pour son petit-fils. À chaque déplacement forcé, ils partent dans l’urgence, emportent le strict nécessaire, et se retrouvent vite sans rien, sans leurs affaires, sans leur travail.
Grâce à une collecte organisée par des amis, je peux leur apporter du lait et des couches. Un soir, après le travail, je me rends chez eux avec les dons. Je frappe. Elle m’ouvre, je lui tends le sac. Elle me remercie et m’invite à entrer. J’hésite, je ne veux pas m’imposer. Elle insiste.
Je m’installe dans le salon avec elle et son mari. Ils me proposent du thé et des fruits. Et nous faisons connaissance… en arabe. Elle parle un peu anglais, son mari pas du tout. Pourtant, pendant une heure et demie, nous arrivons à échanger. Mon unique année d’arabe me sert finalement plutôt bien.
Ils me racontent d’où ils viennent, me montrent des photos de leurs enfants, de leur maison dans le sud, de leurs arbres fruitiers. Je leur raconte d’où je viens, ce que je fais au Liban, ce que j’ai visité.
Puis elle m’invite à rester dîner pour rencontrer sa fille, son mari et son fils, celui à qui j’ai apporté le lait et les couches. Ils arrivent vers 18h30. Leur fille me remercie immédiatement et veut m’offrir ses lunettes de soleil en guise de remerciement. Je refuse, évidemment.
Nous continuons à échanger. Son mari me montre des photos et des vidéos de sa ferme dans le sud, de ses poules, des sacs de nourriture pour animaux et de ses collègues. Il parle anglais, et deux-trois mots de français, car son père a travaillé pour une organisation de l’ONU.
Le dîner est excellent : poulet grillé et pommes de terre rôties. On débarrasse, on range, on continue à discuter. Puis vient le thé.
Je reste encore un moment avec eux, puis je rentre chez moi. Le cerveau lessivé après trois heures d’arabe, mais touchée par leur accueil et leur générosité, malgré les circonstances.