L’année touche peut-être à sa fin, mais les jours, eux, continuent de s’enchaîner. Du Pape aux fêtes, des guerres à la guerre. Ce mot de guerre aura été le mot de l’année. Entre l’anniversaire des cinquante ans de la guerre civile et les mille promesses de guerre israélienne, nous avons vécu un trop-plein.
Nous vivons sous adrénaline négative, en attente permanente des mauvaises nouvelles. Et avec elles reviennent les souvenirs de guerre et leur tribu : l’exil, les nuits dans les abris, les devoirs à la bougie, les francs-tireurs et leurs cohortes… Les écrits de guerre, les photos de guerre, la guerre et l’Art etc. Nous sommes pris dans cinquante ans et cinquante nuances de guerres.
La visite du Pape a mis en exergue nos innombrables épreuves et souffrances collectives et individuelles. Ces trois jours ont eu quelque chose du baume. Mais ils ont aussi été, peut-être, un signal : la coupe est pleine.
Et pourtant… le Liban étant ce qu’il est, et les Libanais étant qui ils sont, nous avons quand même franchi cette année 2025.
En effet, le rythme des événements artistiques est resté soutenu : foires, festivals, expositions, inaugurations, conférences… L’art, la culture, la réflexion, l’éducation, la créativité ont foisonné. Les informations se sont enchainées ; les réseaux sociaux nous informent et nous envahissent. Et nouveauté de 2025 : l’IA s’est résolument installée dans nos vies. Tout paraît plus simple. Nous avons presque toutes et tous un (ou une) assistant·e qui gère ce que l’on veut gérer, qui écrit, corrige, réfléchit, pense, prévoit, dessine, et informe encore et toujours.
Devant ce changement radical, devant la rapidité, que dis-je, la vitesse inouïe, des choses et des informations, je me demande combien de temps notre cerveau continuera de suivre la cadence.
Une des réponses, paradoxalement, se glisse dans une publicité de Noël venue de France, en cette fin d’année : une pub pour un supermarché qui mêle un conte d’enfant, où le grand méchant loup devient gentil et végétarien, à une technique à mille lieues de l’intelligence artificielle, pour un clip qui aurait demandé près d’un an de travail. La publicité est devenue virale : on applaudit l’absence d’IA, on s’étonne de retrouver l’humain derrière la créativité…c’est dire….
Et si cela était un signal pour baisser le rythme, pour rétropédaler. Non pas pour revenir en arrière, mais pour retrouver l’essentiel. Pour ne pas perdre les pédales de l’humain. Pour redonner de la place à ce qui ne se télécharge pas : le regard, la présence, le doute fécond, la lenteur utile, la conversation vraie. Rétropédaler pour rester dans l’authentique, pour retrouver le temps de vivre et célébrer la beauté.
De ma part et de celle de l’équipe, je vous souhaite de très belles fêtes, beaucoup de paix, de lenteur et de douceur, et ensemble gardons le cap sur la défense de l’humain, autant face aux bombes que face à l’IA.
Myriam Nasr Shuman