C’est au cœur de Gemmayzé que Luna Joséphine ouvre Body Poetry, un studio où le mouvement et le corps deviennent art. Franco-libanaise, elle s’installe pour la première fois ici, à Beyrouth, après des années de vie nomade, pour créer un espace dédié à sa pratique et à son univers.
À l’intérieur, la lumière est douce, les murs clairs isolent du bruit de la ville, la hauteur sous plafond ouvre l’espace.L’ensemble crée un cadre calme et accueillant qui invite à ralentir.
Née d’une mère française et d’un père libanais, Luna Joséphine grandit entre différentes villes et cultures. Après des études de journalisme de mode à Londres et un master en management de luxe, elle travaille à Paris. Elle voyage ensuite, entre Europe et Amérique. Le Liban reste en arrière-plan. Jusqu’à un bouleversement personnel. Elle décide alors de faire une pause et de passer un mois à Beyrouth. L’occasion de se reconnecter à ses racines autrement que par les souvenirs d’enfance. Le séjour devait être temporaire. On lui propose un espace à Gemmayzé. Elle s’y installe. Quatre mois plus tard, Body Poetry ouvre ses portes.
Le mouvement, lui, a toujours été présent. Danse classique dès l’âge de trois ans, dans un milieu exigeant et rigide où le corps subit beaucoup. Dans sa vingtaine, elle s’initie au yoga, mais un changement se produit. Sa pratique n’est pas uniquement du stretching, c’est une philosophie. Elle découvre alors le yoga méditatif : une autre manière d’habiter son corps, de l’écouter plutôt que de le contraindre.
Vient ensuite un besoin de comprendre : le corps, les traumatismes qu’il retient. Les voyages nourrissent cette quête : médecine chinoise, rituels de guérison, puis la danse, qui l’amène vers une pratique somatique, centrée sur le ressenti et les émotions.
Body Poetry Studio est né en ligne pendant le confinement. Quand le monde s’est arrêté, il a fallu se reconnecter à soi, et le corps a pris toute son importance. Dans sa pratique, l’expression prime sur la performance. Le nom du studio, Body Poetry, résume cette idée : écouter et habiter son corps comme on lit ou compose un poème. Pour Luna Joséphine, tout corps, humain, architectural ou vivant, est une poésie. La lenteur et le rythme qu’on choisit pour le corps deviennent un choix de vie dans un monde qui va trop vite.
Au sein du studio, danse sensuelle, yin, rituels de guérison, sound healing et cérémonies se côtoient. Le lieu est hybride : une salle pour la pratique, une autre pour accueillir des expositions d’artistes émergents (principalement libanais), pop-up,résidences et autres projets créatifs à venir. Luna Joséphine y réunit corps, mouvement et féminité dans un espace inclusif. « Si on traitait le corps comme une œuvre plutôt qu’un objet à optimiser », souligne-t-elle. Ici, chacun peut se reconnecter à soi, à ses émotions, loin de la vie active et de ses pressions.