Serait-ce la main du hasard qui peut nous ouvrir grand les yeux sur notre réalité d’aujourd’hui ?
Il faudrait bien le croire.
Cette fin de semaine, devant mon écran télé, j’assiste live à la dichotomie de notre monde actuel. Deux diapasons sur deux chaînes différentes qui diffusent, les deux, du sport : sur l’une, la force, la violence, l’agressivité; sur l’autre, l’élégance, la performance, le dépassement.
Cuirassés jusqu’aux dents (avec leur dentier anti-choc), leur genouillères et épaulettes rembourrées, leur casque de haute technologie réputé pour ses panneaux flexibles absorbant les coups, j’ai droit à la bataille entre les Patriots et les Seahawks. Ce dimanche le Super Bowl crève les écrans et les Nord-américains y sont scotchés pour le match de demi-temps. Armurés comme des guerriers de l’époque des Vikings à la conquête des mers et des terres, les joueurs se bousculent férocement les uns sur les autres, se poussent, se cognent, se jettent à terre…
Trop violent pour moi. Je zappe.
Les jeux olympiques de Milan. Après leur inauguration de toute beauté, vendredi, ce soir, j’ai droit à la glisse soyeuse. Patinage artistique d’une grâce inouïe, suivie d’une course de patinage de vitesse entre deux champions blindés de muscles, qui nous rappellent prosaïquement un vol d’oiseaux. Quelques minutes plus tard, c’est un slalom géant sur les cimes d’un blanc immaculé de sportifs aux allures de danseurs qui dévalent les pentes sur une « simple » planche de bois et encore une autre compétition « Big air » de femmes qui virevoltent dangereusement en l’air sur leur snowboard.
Le contraste est frappant. D’une part le football américain est le théâtre d’une bataille rangée entre publicités (c’est l’évènement publicitaire le plus attendu des agences de communication), un podium super-médiatisé pour les célébrités de tout calibre (assises aux premiers rangs et sur qui les caméras ne lésinent pas pour augmenter leur audience), des enjeux et des bravades politiques (comme celui de la super-vedette portoricaine Bad Bunny qui défie le président Donald Trump -qui ne le supporte pas- lors du spectacle de la mi-temps… ).De l’autre, au sein de la nature immaculée, sous un beau soleil et un ciel bleu, libres et puissants, des athlètes, certes avec des vêtements et des équipements des plus sophistiqués, sont tout simplement en compétition pour gagner une médaille bien méritée dont ils ont rêvée pendant de longues années d’entraînement acharné et passionné.
Un même soir, deux images, preuves à l’appui de ce que nous vivons, écartelés au quotidien entre la douce recherche d’une authenticité personnelle et l’immersion anonyme dans un mode de surexcitation démesurée, à tous les niveaux.
Y aurait-il un gagnant ?