Bombardés d’infos, d’images, de commentaires, de pronostics, d’échéances, de tout et de rien surtout… me revient pourtant comme un leitmotiv qui m’a toujours effrayée, une phrase qu’avait proférée Jules Vernes quand on lui a demandé comment il pouvait avoir tant d’imagination dans ses écrits. Il avait répondu : « Tout ce qu’un homme est capable d’imaginer, d’autres hommes seront capables de le réaliser. »
Cette petite phrase est restée dans un coin de mon cerveau. Elle se réveillait quand on a voulu aller sur Mars, avec les dessins animés, les jeux vidéo, aussi violents qu’inconcevables, avec les réseaux sociaux, avec l’IA… Comme si je me prémunissais inconsciemment des dangers futurs de toutes ces créations et élucubrations applaudies avec grand fracas.
Je n’avais pas besoin qu’on me traite de réfractaire à toute nouveauté, je savais que Jules Vernes n’était jamais loin. À quoi bon la conquête de l’espace alors que la famine décime des millions d’êtres humains chaque année ? À quoi bon banaliser auprès des jeunes des situations de guerre qui nourrissent leur adrénaline en situation de brutalité ? À quoi bon la prolifération des réseaux sociaux manipulés par des algorithmes ciblés pour encourager les extrêmes ? À quoi bon dans notre quotidien toute la connaissance et la rapidité de l’IA quand on lui donne le pouvoir d’une puissance sans conscience ? C’est comme si l’humanité devait assainir un domaine avant d’en exploiter un autre.
Et me revient cette conversation enflammée avec un chauffeur de taxi à Paris. Un immigrant qui fustigeait son pays d’origine pour ne pas investir dans les armes. À ma remarque de savoir si les armes pouvaient résoudre les problèmes, il me rétorqua avec véhémence : « Si tu n’es pas armé, tu ne peux pas gagner. »
Me revient aussi ce documentaire sur « Le Redoutable » un des sous-marins nucléaires que détient la France qui sillonne les océans à plus de 300 mètres de profondeur. Bien que d’un gris métallique foncé, sa présence est indétectable, super confidentielle (personne au monde ne peut le localiser). Il mesure plus de 130 mètres, pèse des milliers de tonnes… Et doit traumatiser toute la faune et la flore des profondeurs aquatiques, pourtant si riches, si colorées et si paisibles.
Ces jours-ci, devant mes écrans, j’observe le déploiement magistral de la flotte marine, des missiles balistiques, des fusées qui crachent le feu et tant d’autres « engins » sournois, furtifs mais si meurtriers (vous excuserez au passage la pauvreté de mon vocabulaire en la matière) … J’observe avec effroi ce qui se passe dans le jardin de Moustaki qu’on appelait la Terre…
Et la prédiction de Jules Vernes reste là à me narguer…