Ici, au milieu du métal, du feu, de la poussière,
Mon corps se sent chez lui.
Il devient translucide,
Se fond dans le malheur,
Traverse ses murs,
Pour se blottir dans les bras voraces
De sa vieille complice… la guerre.
Il lui suffit de se souvenir
Comment habiter l’urgence,
Fuir, revenir
Vers les fragments de ce qui reste,
Recommencer le cycle,
Fuir encore, revenir encore…
Toujours recommencer.
Quand le ciel explose en déflagrations,
Je redeviens réflexe, sursaut, tressaillement…
Chaque souffle m’arrache à moi-même.
Me ramène les chuchotements glacés
De ma propre mortalité,
Comme un écho ancien qui creuse ses sillons
Dans le cœur du temps et de ma chair.
Me voilà grisée,
Empreinte de la brûlure de l’instant,
De l’haleine courte du moment,
Du danger qui insiste,
Du temps qui brûle mes veines
Qui se presse,
Dans le sillage fulgurant de l’infortune.
Je voudrais me rouler dans mon Liban
M’enfermer dans sa douleur antique…
Plaquer mon visage contre son sol,
Humer jusqu’à la dernière respiration
La minéralité de cette terre
Qui vibre, proteste,
Se fissure sans se fracasser.
Les sirènes de la paix ne me touchent plus…
À quoi bon chercher la quiétude ?
S’engoncer dans l’ennui de vivre,
Se perdre dans le vide abyssal des certitudes,
Des matins qui n’ont rien à raconter ?
Tendue comme une peau de tambour,
Raidie à la lisière du néant…
J’ai reçu la grâce d’être là,
À l’écoute de la mort,
Et, avec elle, de l’éternité.
Vivre n’est qu’un mensonge.
Survivre… ma seule vérité.