Jeune enseignante au collège de la Sagesse de Jdeidé el-Matn, Claude Aoun Abi Nader a consacré une partie de sa vie à l’enseignement, accompagnant ses élèves de classe en classe jusqu’en sixième primaire. Amoureuse des arts, elle trouvait dans la peinture un espace d’expression et dans la musique une source de sérénité. Le piano accompagnait ses moments de calme et de réflexion, remplissant la maison de mélodies chaleureuses.
Aux côtés de Michel Abi Nader, jeune ingénieur fraîchement diplômé de l’ESIB, elle a fondé une famille unie et aimante, donnant naissance à trois garçons : Noël, Patrick et Thierry, qui ont grandi dans un foyer empreint d’amour, de générosité et de profondes valeurs familiales.
Claude aimait avant tout rassembler autour de sa table. La cuisine était pour elle une autre manière d’exprimer son affection et son sens de l’accueil. Il arrivait que, dans le cadre de son travail, Michel l’informe à la dernière minute avoir invité un groupe de personnes à dîner. En quelques heures seulement, Claude préparait une table généreuse et raffinée, où les saveurs authentiques du Mont-Liban faisaient la joie de tous les invités.
Rencontre avec l’auteure.
Votre livre s’inscrit dans une longue transmission familiale, de votre grand-mère à votre mère puis à vous. En quoi cet héritage influence-t-il votre manière de cuisiner aujourd’hui ?
À chaque fois que je cuisine, surtout lorsqu’il s’agit d’une recette adaptée au goût de la famille, j’ai à l’esprit ma grand-mère et ma mère s’affairant à concocter ce même plat. Cet héritage influence profondément ma manière de cuisiner, car chaque recette porte en elle une part de leur savoir-faire, de leurs gestes et de leur amour.
Vous avez commencé à cuisiner très jeune, presque par plaisir plus que par obligation. À quel moment avez-vous compris que la cuisine deviendrait une véritable passion, voire une vocation ?
Ma passion pour la cuisine est venue progressivement. Très jeune déjà, je restais souvent dans la cuisine avec ma mère. Au début, je la regardais faire, me hissant sur la pointe des pieds pour mieux observer ses gestes et découvrir ce qu’il y avait sur le plan de travail. Puis, petit à petit, j’ai commencé à lui donner un coup de main en épluchant des oignons, de l’ail, des pommes de terre ou encore des courgettes.
Plus tard, lorsqu’elle a vu ma détermination à apprendre, elle me demandait d’aller cueillir certains légumes dans le petit verger situé juste à côté de la cuisine. Ce petit carré de verdure faisait la fierté de mon père, qui en prenait soin comme de la prunelle de ses yeux.
Au fil du temps, ma mère m’a confié des préparations simples, puis de plus en plus élaborées, jusqu’à ce que la jeune fille curieuse que j’étais devienne capable de préparer seule des repas entiers pour toute la maison. C’est ainsi que j’ai commencé, à mon tour, à faire vivre un patrimoine culinaire transmis de génération en génération. Peu à peu, j’ai pris goût à cet art du partage et de la transmission.
Quand vous pensez à votre grand-mère et à votre mère, quel est le premier souvenir de cuisine ou de parfum qui vous revient au cœur ?
C’est tout simplement le souvenir de la mjadra et du ragoût de haricots rouges accompagné de riz. Ne me demandez pas pourquoi, mais ce sont ces deux plats qui me font immédiatement penser à elles.
Vous évoquez votre liberté d’adapter et de transformer les recettes sans les dénaturer. Comment trouvez-vous l’équilibre entre tradition et créativité dans votre cuisine ?
La base de la recette reste évidemment toujours la même. Cependant, il m’arrive d’apporter quelques petites modifications, sans grande importance, au niveau des ingrédients ou de l’assaisonnement, selon les goûts des membres de ma famille.
Comme toute cuisinière, et surtout comme toute mère, je prends parfois certaines libertés avec les recettes. Mais l’esprit de la tradition, lui, demeure toujours intact.
Votre parcours est étroitement lié aux produits locaux et aux petits commerces de quartier. Quelle importance accordez-vous aujourd’hui à ces circuits dans votre démarche culinaire ?
Ces circuits ont une importance capitale dans ma manière de concevoir la cuisine. Je privilégie les légumes frais, les produits de qualité et, autant que possible, les produits biologiques.
Je me fournis principalement auprès de petits commerces que je connais depuis longtemps et en qui j’ai pleinement confiance. Je privilégie également les produits issus du projet agricole familial situé dans notre propriété à la montagne à Abdelli. Et là, c’est encore une autre histoire…
Votre table semble être un lieu central de partage et de convivialité. Que représente pour vous le fait de rassembler les gens autour d’un repas, et est-ce l’esprit que vous souhaitez transmettre à travers votre livre ?
Absolument. Chez nous, la table a toujours été ouverte, ce qui fait la joie des grands comme des petits, d’autant qu’une troisième génération commence désormais à avoir son mot à dire.
Même lorsqu’il n’y a personne à la maison au moment du déjeuner, je me retrouve souvent entourée d’une ou deux amies, de mes sœurs, de beaux-frères, de nièces ou de neveux. Mais lorsque les enfants arrivent, alors là, c’est la véritable fête ! Ils viennent parfois accompagnés de leurs amis, qui se joignent à nous spontanément, parfois même en plein repas.
C’est notre façon de vivre, tout simplement. Et il est évident que cet esprit de partage et de convivialité transpire dans le livre, puisqu’il reflète l’âme de notre maison.
Qu’est-ce que cela vous fait, en tant que mère, de voir vos fils, Noël, Thierry et Patrick, transformer vos gestes du quotidien en un héritage écrit et partagé ?
C’est évidemment très émouvant pour moi de voir mon fils aîné, Noël, à l’origine de ce projet, perpétuer cette tradition culinaire familiale.
Cela signifie avant tout que lui et ses frères ont apprécié — et apprécient encore aujourd’hui — cette cuisine. Ils viennent régulièrement partager des repas avec leurs familles, leurs enfants et leurs amis.
Cette volonté de transmettre un tel héritage, de l’écrire et de le partager, comme vous le dites, est pour moi un geste fort, empreint de reconnaissance, de générosité et de partage. C’est tout simplement magnifique.
Claude Aoun Abi Nader vous invite au lancement de son magnifique livre de cuisine. Soyez nombreux.
A savoir
✍️SIGNATURE
📕UNE CUISINE DU MONT-LIBAN
📅 le mardi 26 mai 2026 entre 18h et 20h
📍ELMIR brewery
