Alors qu’elle vient de publier un ouvrage de macrophotographies intitulé Créatures extraordinaires et consacré aux merveilles de la nature dénichées au Jardin des Plantes à Paris, l’anthropologue Aïda Kanafani-Zahar répond aux questions de l’Agenda Culturel.
Vous êtes surtout connue pour vos travaux sur le Liban contemporain et notamment sur l’anthropologie de l’alimentation et de la mémoire de la guerre de 1975. Cet ouvrage n’est-il pas inattendu ?
La photographie a accompagné mon travail dès le départ avec mes premières missions sur le terrain pour les besoins de la documentation car elle est une part indissociable de l’écrit s’avérant un instrument précieux de connaissance. Ainsi, par exemple, à la fin de l’ouvrage Mouné, la conservation alimentaire traditionnelle au Liban (1994), se trouve un cahier d’une cinquantaine de photos que j’avais prises dans le Mont Liban et dans la Bekaa. Dans Le grand livre du mezzé libanais (2020) également, une place importante est allouée à la photographie des aliments comme autant de témoignages « natures vivantes ». Et j’ai toujours été très intéressée par le portrait en général ; Mouné en montre quelques-uns.
La photographie est donc un pont avec l’ouvrage que vous publiez aujourd’hui ?
On pourrait le dire ainsi, oui, car Créatures extraordinaires est un tableau dans lequel les personnages sont des coccinelles, des papillons, des abeilles, des fourmis, des grenouilles… L’ouvrage dresse ainsi des portraits d’insectes mais aussi de fleurs, de feuilles, de troncs d’arbres dont les textures et les motifs laissent libre cours aux imaginaires. La Photographie Macro est finalement pour moi, une façon d’être, de regarder, de voir ; elle devient quelque part une part de soi.
Pourquoi précisément le Jardin des Plantes ?
C’est un lieu qui offre des atmosphères d’une grande diversité –champêtre, forestière, florale…- dont les plantes viennent du monde entier, Chine, Brésil, Japon, Moyen-Orient. En outre, le Jardin des Plantes bruisse d’une multitude de sons, de couleurs, de senteurs dans lequel faune et flore s’entrecroisent ; il offre donc une plongée dans des univers exceptionnels qui percutent tous nos sens.
Cet ouvrage est-il un hommage ?
Oui, à Fadi Zahar, le père de mon fils Ziad et mon grand ami, disparu prématurément. Il était lui-même une figure majeure du livre photo et le fondateur en 1980 de La Chambre Claire, librairie-galerie à Paris, référence internationale pour les livres de photographie. Comme il a su que je m’intéressais à la photo macro au Jardin des Plantes, il m’a offert lors de son dernier Noël, en 2023, un appareil et un objectif macro. Toutes les photos de l’ouvrage ont été prises avec cet appareil et cet objectif.
Comment avez-vous effectué le choix des photos à présenter dans l’ouvrage ?
Avec l’aide précieuse de mon fils qui a d’ailleurs réalisé la maquette de l’ouvrage avec des compositions harmonieuses ou contrastées créant des espaces de dialogue entre plantes et insectes. Comment choisir ? J’ai finalement gardé celles qui m’émerveillaient, me fascinaient et m’émouvaient. Certaines créatures éblouissent par leur beauté, d’autres sont poignantes par leur rapport au temps. Il y a celles qui sont rendues encore plus visibles par un petit détail quand d’autres laissent vagabonder nos imaginaires.
L’ouvrage se présente par thèmes ?
Oui, les butineurs, les fleurs, les troncs, les escargots, les champignons ... La Photographie Macro est certes un apprentissage du regard. S’approcher au plus près d’un insecte ou d’une plante, en dévoiler la beauté saisissante mais aussi révéler le déroulé de son existence éphémère, forge un lien tangible aux formes ingénieuses, délurées et extraordinaires du vivant. Ce merveilleux monde du tout petit habite la ville et il est à notre portée, à nos portes. C’est à nous de le dévoiler.
Rencontre signature le samedi 11 avril 2026 à partir de 16h
La Nouvelle chambre claire, 3, rue d’Arras, 75005 Paris
