Le Pavillon du Liban à la Biennale Arte 2026 a été inauguré le 6 mai à Venise. Sous les auspices du ministère de la Culture et organisé et produit par la Lebanese Visual Art Association (LVAA), il présente une installation immersive de l’artiste Nabil Nahas intitulée Don’t Get Me Wrong, avec un commissariat assuré par Dr Nada Ghandour. La scénographie a été conçue par Charles Kettaneh et Nicolas Fayad, du cabinet EAST Architecture Studio.
L’inauguration s’est tenue en présence de la ministre du Tourisme, S.E. Mme Laura El-Khazen Lahoud, de l’ambassadrice du Liban en Italie, S.E. Mme Carla Jazzar, ainsi que de représentants d’institutions partenaires, et de nombreux Libanais et amis du Liban. La Biennale Arte 2026 ouvre ses portes au public le 9 mai et se poursuivra jusqu’au 22 novembre 2026.
Dans son intervention, Laura El-Khazen Lahoud a rappelé combien culture et hospitalité sont, pour le Liban, indissociables. « La culture est au cœur de la manière dont le Liban accueille le monde », a-t-elle souligné, évoquant un pays qui “pense, crée, se souvient, débat” et offre au monde “quelque chose d’irremplaçable”.
Son Excellence Mme Carla Jazar a souhaité la bienvenue aux invités et a déclaré: « Cet événement exceptionnel reflète une image positive et civilisée du Liban. »
Dr Nada Ghandour, commissaire du pavillon, a inscrit cette présence dans un registre symbolique, en parlant d’un Liban “réuni sous le cèdre”, signe de continuité et d’identité profondément enracinée. Dans un contexte difficile, elle souligne que ce pavillon ne se veut pas une échappée hors du réel, mais, au contraire, une affirmation d’existence, un geste de préservation de l’identité sur une scène internationale.
Installée au sein de l’Arsenale, l’œuvre se déploie sur quarante-cinq mètres linéaires. Don’t Get Me Wrong est composée de vingt-six panneaux d’acrylique sur toile, chacun mesurant trois mètres de haut. Disposées côte à côte, les peintures forment une frise monumentale et enveloppante dans laquelle le visiteur est invité à marcher, comme à l’intérieur d’une image. Nabil Nahas revendique une expérience qui interpelle d’abord le regard avant l’intellect, une proposition visuelle et spirituelle qui transforme le spectaculaire en un vecteur d’introspection. Dans ce grand continuum pictural, l’artiste explore la relation entre l’Homme, la nature et le cosmos à travers un langage riche où différentes formes d’abstraction géométrique, puisées dans les traditions islamiques et occidentales, croisent la figuration et les motifs fractals.
Le titre, Don’t Get Me Wrong, invite à se méfier d’un récit unique. Inspirées des miniatures persanes, les peintures ne proposent pas une narration linéaire. Elles coexistent, interagissent, se chevauchent. Le résultat est une composition dense, ouverte, cohérente, et totalement disponible à l’interprétation.
Les références se croisent, méditerranéennes et au-delà, gréco-romaines, judéo-chrétiennes, byzantines et islamiques. Nahas construit un langage du pluralisme, où passé et présent s’entremêlent au sein d’une identité dynamique. À travers un cadre symbolique, l’artiste relie terre et ciel, microcosme et macrocosme. Les formes géométriques islamiques, polygones et spirales soufies, évoquent l’infini et le mouvement cosmique, tandis que l’arbre, tiré du texte biblique, figure l’axe qui relie le ciel et la terre dans la tradition judéo-chrétienne. Les formes fractales, elles, suggèrent un univers structuré par la répétition, où chaque partie reflète le tout, dans un écho qui touche autant la pensée scientifique que spirituelle.
Dans cette synthèse, Nahas rassemble des traditions visuelles et spirituelles en une expression unifiée, et y reflète le Liban lui-même. Non pas une juxtaposition, mais un carrefour, un lieu où les cultures se rencontrent et fusionnent sans s’effacer les unes les autres.

Peintre libano-américain né à Beyrouth en 1949, Nabil Nahas est une figure majeure de la scène artistique contemporaine, exposée dans de grandes institutions à travers le monde. Son histoire personnelle porte aussi ce motif de circulation et de polyphonie. Après avoir grandi entre le Liban et Le Caire, il s’est installé à New York, puis est revenu au Liban après une absence de dix-huit ans, à la fin de la guerre civile, amorçant ensuite des retours de plus en plus fréquents.
Il est représenté par la galerie Saleh Barakat à Beyrouth, Lawrie Shabibi à Dubaï, la galerie Tanit à Munich, et Ben Brown Fine Arts à Londres et Hong Kong.