
À Art Paris, du 8 au 12 avril 2026, la Galerie Claude Lemand retrouve le Grand Palais et présente sur son stand un pilier de son histoire, Dia Al Azzawi.
Né à Bagdad en 1939, Dia Al Azzawi a d’abord étudié l’archéologie et l’art à l’Université puis à l’Institut des Beaux-Arts de Bagdad, avant de s’installer à Londres en 1976, sans jamais cesser de porter l’Irak en lui, ses civilisations, ses paysages, sa mémoire. Dans le texte de présentation de Claude Lemand, une formule revient comme un fil rouge, « Massacres et joie de vivre », deux pôles qui résument la tension fondatrice de cette œuvre majeure, à la fois témoin du tragique et obstinément tournée vers l’élan vital.
Car l’œuvre de Dia Al Azzawi est souvent connue, parfois réduite, à ses images liées aux tragédies du monde arabe, magistrales, expressionnistes, au dessin sûr. Claude Lemand insiste sur la révolte qui les traverse, face aux injustices, à la torture, à la mort, aux sociétés brisées, aux guerres fratricides, à la violence coloniale et aux destructions. Mais il rappelle aussi, avec force, qu’il existe un autre versant, tout aussi essentiel, celui de l’amour de la vie, de la liberté, des rapports amoureux et amicaux, de la jouissance des paysages, des villes, des jardins, jusqu’aux secrets du désert.
Ce double mouvement, douleur et lumière, est particulièrement lisible dans la manière dont Al Azzawi traverse l’histoire récente. Son polyptyque monumental Sabra and Shatila Massacre, réalisé en 1982-1983, est devenu l’une des œuvres les plus emblématiques de sa production. Il appartient aujourd’hui aux collections de la Tate à Londres, et le musée rappelle lui aussi ce lien direct entre l’œuvre et les événements de 1982. Claude Lemand retrace la généalogie du cycle, depuis le choc des images jusqu’aux estampes inspirées par le texte de Jean Genet, et rappelle comment Al Azzawi travaillait souvent en écoutant des témoignages enregistrés, ou la poésie lue par Mahmoud Darwish, comme si le dessin devait d’abord se nourrir d’une voix.
Face à ces œuvres sombres, Al Azzawi oppose une palette et un imaginaire qui célèbrent la joie, l’ouverture, le désir, les corps, la nature. Claude Lemand évoque ainsi des peintures qui portent en elles des lumières de Basrah, des matins, des jardins, mais aussi la fascination du désert, de sa faune, de sa flore, et des arts populaires. Cette respiration n’a rien d’un “à côté”. Elle est le cœur même de l’équilibre chez Al Azzawi. Un artiste peut dire l’horreur, tout en refusant qu’elle soit l’unique horizon.
Cet équilibre se lit aussi dans les symboles qui traversent l’œuvre. Le thème de l’oiseau est central, avec toute la richesse de ses métamorphoses, de ses couleurs, de ses promesses de paix. Et l’idée de fenêtre, d’ouverture, revient comme une manière de résister par la lumière. Claude Lemand aime rapprocher, à l’intérieur de cette œuvre, des visions de cauchemar et des paysages lumineux, comme si l’artiste construisait un contrepoint permanent, une réponse par la couleur, la forme, l’énergie.

A Art Paris, cette présence prend une dimension particulière, parce que Dia Al Azzawi n’est pas seulement un peintre ou un dessinateur. Il est aussi un immense artiste du livre, un promoteur décisif de la renaissance des arts du livre dans le monde arabe. La Galerie Claude Lemand met en avant ce travail de recherche et d’édition, qui passe par des facsimilés de manuscrits, des dialogues avec les grands textes, et surtout une production considérable de livres d’artiste manuscrits et peints. Azzawi a également joué un rôle de premier plan dans les arts graphiques, la sérigraphie, l’estampe, et la diffusion de ces pratiques en Europe et dans le monde arabe, avec une curiosité technique qui embrasse aussi les outils contemporains.
Ce que montre aussi, en creux, la présence d’Al Azzawi sur le stand de Claude Lemand, c’est une histoire institutionnelle. L’Institut du monde arabe a consacré une rétrospective à l’artiste en 2001 et a publié un catalogue, et la Donation Claude et France Lemand, entrée au musée, comprend des œuvres d’Al Azzawi, aux côtés d’autres figures majeures. Dans cette donation, l’IMA mentionne notamment une œuvre d’Al Azzawi intitulée Peace Lover, signe que la dimension de paix et d’ouverture fait partie intégrante de ce corpus, et pas seulement son versant tragique.
Derrière ces choix, il est difficile de ne pas entendre une cohérence. Claude Lemand parle de modernité positive, d’une volonté que l’art contribue au bonheur de tous, et à l’émergence d’une civilisation arabe en harmonie avec elle-même et avec les autres. Cette phrase ne cherche pas à lisser le réel. Elle propose un horizon, et affirme que l’art peut tenir ce rôle sans naïveté.
Art Paris 2026, avec ses 165 galeries environ, est un terrain de circulation intense. Dans ce tumulte, un stand peut devenir un point d’arrêt, un lieu où l’on se rappelle que certaines œuvres ne sont pas faites pour “passer” mais pour rester. Avec Dia Al Azzawi, il y a cette sensation de densité, de strates, comme si chaque image portait, simultanément, la blessure de l’histoire et la nécessité d’une joie qui ne s’excuse pas.
Sur son stand, la Galerie Claude Lemand annonce ainsi une présence qui ne se contente pas de montrer. Elle raconte un parcours, une fidélité, et une idée exigeante de l’art, capable de nommer les massacres, et malgré tout, de défendre la joie de vivre.
Art Paris 2026, du 8 au 12 avril 2026 au Grand Palais. Galerie Claude Lemand, stand D22.
