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"Festival d'(in)gratitude" de Walid Raad à Beyrouth

"Festival d'(in)gratitude" de Walid Raad à Beyrouth

ART
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29 août 2024

À la galerie Sfeir-Semler à Beyrouth, Walid Raad présente Festival d'(in)gratitude, une double exposition captivante qui revisite les souvenirs de la guerre civile libanaise à travers des œuvres aussi intrigantes que déconcertantes.

À la galerie Sfeir-Semler, les œuvres de Walid Raad et de ses "collaborateurs" fictifs se côtoient dans deux espaces distincts, évoquant les souvenirs de la guerre civile libanaise selon la perception unique de l’artiste. L’exposition est intitulée Festival d'(in)gratitude.

"Encore une exposition en un moment historique lourd de menaces", peut-on lire sur le carton d’invitation aux expositions de Walid Raad, présentées dans deux lieux distincts: la galerie Sfeir-Semler au centre-ville et à la Quarantaine de Beyrouth.

Fidèle à sa démarche depuis plus de trente ans, Walid Raad expose des documents et des objets mixtes qu’il crée et transforme, tout en leur inventant un monde imaginaire. Il affirme les avoir trouvés ou reçus, et justifie son travail éclectique à travers ses collaborateurs fictifs, tous rassemblés autour d’un concept central. Chaque création associe divers objets, documents, éclairages, couleurs, photographies, vidéos, cartes et mots suspendus. Ces éléments racontent chacun une histoire ancrée dans une mémoire collective fragmentée. Ainsi, la Vérité ultime demeure insaisissable, floue, fictive, à l’image de ces documentaires-souvenirs imaginaires, racontés dans un langage à la fois "dyslexique" et épuré.

La première exposition raconte l’histoire d’une Volkswagen bleue liée à Brooke Shields, relatant de manière surréaliste les connexions entre la naissance d’une "collaboratrice", Manal B. Tarabay, dans cette voiture et la représentation de ce même véhicule, des années plus tard, par l’actrice.

Dans cette exposition, la grande voiture bleue occupe tout l’espace, symbolisant l’importance que l’artiste accorde aux événements politiques, militaires et historiques des années 1982 à 1984, qui hantent encore les mémoires. Peut-être cherche-t-il quelque chose de plus grand, de transcendantal, pour donner un sens à son existence et répondre à ses interrogations. La voiture, lieu de naissance, est entourée d’éléments miniatures et de personnages liés à la guerre, encadrant la voiture fétiche de l’artiste avec une obsession du détail qui délimite le cadre de sa pensée.

La seconde exposition, située dans un espace plus grand à la Quarantaine, propose des installations vidéo immersives, enveloppant les spectateurs dans des images captivantes. Elles sont accompagnées de sculptures et de séries de tirages qui illustrent l’approche dadaïste de Walid Raad, mêlant distorsion des faits et événements actuels. Les pièces s’ouvrent les unes sur les autres, abolissant, selon l’artiste, les frontières imposées par les "seigneurs de guerre". À travers ces espaces, il retrace, malgré la "dyslexie", des mots entrecoupés issus de son passé et d’une mémoire collective disloquée. Ces souvenirs inspirent Walid Raad et ses collaborateurs fictifs. Chaque espace en ouvre un autre, comme un questionnement perpétuel face à une Histoire incomprise et une quête inlassable de sens et de vérité. Existe-t-il une seule version des faits? Les spectateurs visitent les deux expositions dans des lieux différents, comme un parcours du combattant, espérant trouver des réponses à leurs questionnements.

Les œuvres de Walid Raad explorent des fragments du passé et ce qui pourrait être "évident, possible, probable, pensable, dicible et imaginable", brouillant ainsi les frontières entre Histoire et fiction, réalité et imaginaire, accusations et clins d’œil. L’artiste poursuit trois projets de longue haleine. The Atlas Group (1989-2004), Scratching on things I could disavow (Gratter des choses que je pourrais désavouer), et Sweet Talk: Commissions (Beirut) (Flatteries: commandes [Beyrouth]).

Le Festival d'(in)gratitude se poursuit à la galerie Sfeir-Semler à Beyrouth jusqu’au 4 janvier 2025.


Pour en savoir plus, cliquez ici

Par Marie-Christine Tayah

Cet article a été originalement publié sur le site Ici Beyrouth

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