C’est lors d’une table ronde organisée par la Société Française des Amis de Saint-Jacques-de-Compostelle en collaboration avec l'association Art Culture et Foi, qui s’est tenue le samedi 14 février à Montrouge, près de l’église Saint-Jacques-le-Majeur, que l’artiste franco-libanaise de renommée internationale a partagé son double itinéraire mystique, entre pèlerine et artiste.
L’immersion spirituelle de Martha Hraoui s’est imposée à elle comme une évidence. À l’image des coquilles Saint-Jacques qui jalonnent le parcours des pèlerins, la vie l’a guidée, lui envoyant des signes irréfutables, une invitation inscrite dans la pierre, les paysages et les hommes. C’est ainsi qu’en 2003, à Digne-les-Bains, lors d’un déplacement professionnel, la trajectoire de l’artiste bascule : « J’ai senti un appel vers quelque chose d’absolu », déclare-t-elle. Enveloppée par le cadre idyllique du sud de la France, par des paysages pittoresques baignés de lumière, cet appel de l’Éternel s’intensifie lorsqu’elle découvre l’ancienne demeure de l’exploratrice franco-belge Alexandra David-Néel, aujourd’hui transformée en musée. Intriguée par le destin romanesque de cette femme qui sillonna les routes d’Asie et fut la première Occidentale à franchir les portes du Tibet, Hraoui ressent une connexion immédiate avec celle qui a tout quitté pour prendre la route.
Le parcours initiatique de David-Néel trouvera, de manière inopinée, un écho dans le chaos parisien dans lequel Martha Hraoui se replonge à son retour à l’atelier. À deux semaines d’intervalle, deux modèles croisés lors de séances de dessin - venus simplement poser - feront germer en elle Compostelle. Le premier, espagnol, prénommé Jesús, lui propose d’entamer le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, plus accessible que la longue traversée de l’Asie d’Alexandra David-Néel. Le second, revenu de Santiago, lui en parle à son tour. C’est ainsi que l’artiste franco-libanaise entame son pèlerinage, s’interrogeant, au fil des sentiers de la foi, sur sa capacité à « reproduire, ne serait-ce que partiellement, ce bonheur ressenti sur le chemin ».

Diptyque, Cathédrale de Santiago
Les œuvres nées de ce voyage diffusent avec douceur une spiritualité évidente, où la nature devient une présence habitée. Chacune semble traversée par le mouvement ; les paysages respirent, palpitent, se confondent avec l’élan du marcheur. Dans une sensibilité proche du panthéisme, le divin affleure en toute chose : dans la lumière qui se dépose sur la matière, dans les couleurs saturées qui dissolvent les frontières entre le ciel, la terre et le corps. Hraoui dépose sur la toile une brume mystique, un flou méditatif invitant à l’introspection, où l’âme flottante s’abandonne à son Créateur dans la sérénité.

Tryptique, Arrivée en Galice
Quant à la technique du marouflage qui distingue ses tableaux, l’artiste a opté pour pratique transmise par une collègue coréenne, exigeant précision, rigueur et concentration ; un répondant symbolique au défi relevé sur le chemin de Compostelle. Ce procédé consiste à intégrer un papier végétal d’origine tibétaine, dont les nervures affleurent à la surface de la toile. Un clin d’œil discret à Alexandra David-Néel, figure fondatrice de son cheminement intérieur.
Aujourd’hui membre active de la Société Française des Amis de Saint-Jacques-de-Compostelle et profondément engagée dans cette mission, Martha Hraoui a exposé ses œuvres retraçant les correspondances intimes entre l’âme et la nature au parlement Européen à Strasbourg.
Elle achève ainsi son témoignage dans une évidence poignante, rappelant que « l’on n’est jamais vraiment seul sur le chemin ».